Episode Details
Back to EpisodesLa France, «homme malade» de l'Europe?
Description
La France est-elle le nouvel « homme malade » de l'Europe ? La formule est largement reprise ces jours-ci par la presse étrangère alors que les marchés internationaux s'inquiètent de la solidité de la deuxième économie européenne, dont les finances publiques sont en déroute. La dette abyssale, le budget 2027 en discussion et l'incertitude politique alimentent les doutes quant à la capacité de la France de se relever.
Premier signe de cette perte de confiance sur les marchés internationaux : le coût de l’emprunt de la dette française qui frôle les 5 % en octobre, son plus haut niveau depuis 2002. Encore plus étonnant, plusieurs entreprises du CAC 40 empruntent désormais à des taux moins élevés que la France alors que les États sont généralement jugés plus sûrs que les sociétés privées. La France, plus risquée qu'un groupe comme LVMH ? La perception du pays s'est en tout cas progressivement dégradée depuis la dissolution de l'Assemblée nationale il y a 2 ans et demi, et les investisseurs étrangers sont dans une forme d'attentisme alors que le débat sur le budget 2027 vient de s'ouvrir à l'Assemblée nationale.
Scénario à la grecque ?
Est-ce pour autant le début d'un scénario à la grecque comme en 2015 lorsque le pays avait failli sortir de la zone euro en raison de graves dérapages budgétaires ? Pour le moment, il semble qu'on en est loin. C'est en tout cas ce que pense le gouverneur de la Banque de France qui a affirmé : « La France n'est pas la Grèce ». Le ministre de l'Économie, Roland Lescure, estime de son côté n'avoir aucun problème pour émettre de la dette française sur les marchés, mais les coûts supplémentaires sont un signal d’alarme, a-t-il renchéri. La fébrilité est en tout cas palpable : la Banque centrale européenne a elle-même jugé bon d’intervenir dans le débat français en avertissant la classe politique française. « Il n'y aura pas de filet de sécurité de la BCE » et la solution aux problèmes de la France « se trouve d'abord fondamentalement en France » a averti l’institution.
Pour rappel, la dette française s'élève à plus de 3 600 milliards d'euros fin 2025 selon l'Insee, soit presque 120 % du PIB, un niveau record qui devrait encore s'aggraver dans les années à venir. La charge de la dette, elle atteint 74 milliards d'euros cette année et constitue le premier poste du budget de l'État, devant l'éducation et la défense, ce qui vaut à la France un acronyme : FROGS en anglais pour « French Oversized Government and Social Security » ( « État et Sécurité sociale français surdimensionnés »).
L'enjeu de l'attractivité
Comment faire revenir la confiance et maintenir l'attractivité de la France avec un tel constat ? La France maintient son rang, pour le moment, puisqu'elle reste le pays le plus attractif d'Europe pour la 7ᵉ année consécutive. C'est dans les mois qui viennent que tout va se jouer. Au parlement tout d'abord, où le projet de budget doit être adopté avant la fin de l’année et où, faute de majorité, il aura du mal à passer. « L'exécutif et les parlementaires doivent prendre leurs responsabilités » a prévenu le gouverneur de la Banque de France hier lors de l’assemblée annuelle du FMI à Bangkok. Le gouvernement n'a d'ailleurs pas exclu de faire adopter le budget de force avec le 49.3. L'autre inconnue, c'est celle de la présidentielle car le choix d’un dirigeant plutôt qu’un autre influera grandement sur la trajectoire que prendront les finances publiques. Ce qui semble acquis, c’est une période de quelques années qui s’annonce comme une longue cure d’austérité pour les Français.