Episode Details
Back to EpisodesCuicui, meuh, tagada, histoires d'animaux : Point de vue animal, l’histoire dans le sens du poil
Description
L'histoire des humains n’a aucun sens sans prendre en compte le vivant qui l'entoure et avec lequel il est sans cesse en interaction. Une approche décentrée, ou plutôt recentrée, qui produit de fantastiques travaux.
L'histoire du point de vue animal, un nouveau courant historique
L’ouvrage d’Éric Baratay, Le Point de vue animal, une autre version de l'histoire (Éditions du Seuil, 2012), est le point de départ d’un nouveau courant historique, qui s’attache à mettre en avant le vécu des animaux, et à en faire des acteurs, dotés d’une agentivité propre. Lorsqu’il commence ses travaux pionniers, dans les années 1980, Éric Baratay rencontre des réticences, des critiques, des moqueries parfois, et une grande dose d’incrédulité et de scepticisme. Il semble en effet impossible de lire des sources humaines pour y déceler des perceptions animales. Pourtant, c’est bien la démarche de l’historien, qui parvient à ce tour de force, et prouve la validité de ses recherches par l’exemple, à travers une série toujours grandissante de publications. "En France, l'historien Robert Delort, médiéviste, publie en 1984 un ouvrage qui s'appelle Les animaux ont une histoire (Éditions du Seuil). C'est l'ouvrage un peu fondateur", précise Éric Baratay. "Pendant 20-30 ans, on a travaillé sur la manière dont les humains pensent, traitent et utilisent les animaux. Depuis les années 2010, on essaie de voir aussi ce qui se passe du côté des animaux, parce qu'une histoire des relations entre les hommes et les animaux qui ne traiterait que des hommes serait totalement déséquilibrée."
Éric Baratay a également formé une nouvelle génération d’historiens et d’historiennes, comme Violette Pouillard, Nicolas Baron ou Manon Iurettigh, qui poursuivent des travaux qui s’inscrivent dans la voie qu’il a ouverte. L'histoire au regard des animaux permet d'étudier les évolutions de leurs rapports aux humains, ou encore l'impact d'évènements sur la faune. Lors du Siège de Paris puis de la Commune, par exemple, "tous les banlieusards autour de Paris étaient rentrés avec leurs animaux de ferme pour se réfugier à l'intérieur des fortifications", explique l'historien Nicolas Baron, auteur de L’Année terrible des animaux. Un regard inédit sur le Siège et la Commune de Paris 1870-1871 (Actes Sud, 2026). "Depuis la déclaration de guerre jusqu'à l'écrasement de la Commune lors de la Semaine sanglante (du 21 au 28 mai 1871), j'ai essayé de retracer ce qui s'est passé pour les animaux, comment ils ont été à la fois des victimes et des acteurs du conflit."
La question des sources
La principale difficulté à laquelle doit s’affronter la recherche en histoire animale est le manque de sources, ou du moins la nécessité de relire les sources et de "remettre à leur place les premiers acteurs de l'événement", ajoute Manon Iurettigh, doctorante en histoire contemporaine à l'Université Jean Moulin – Lyon 3, spécialiste des chevaux de course du XVIIIᵉ siècle à nos jours. "C'est restituer ce que les techniques d'entraînement ont pu faire [aux chevaux]. On parle de résistance, d'adaptation, de régime alimentaire, de construction d'écurie. Et on trouve toujours des personnalités sur ces chevaux de course qui sortent du lot dans les archives." La barrière d’espèce rend difficile la perception des réalités animales dans les sources humaines, qui sont souvent lacunaires à ce sujet. Il s’agit donc d'apprendre à lire entre les lignes, et de savoir mobiliser les outils d’autres disciplines, comme l’éthologie ou l’archéozoologie, pour interpréter tel ou tel détail découvert au détour d’une source. Photographies, films, témoignages, lettres, sources de presse, manuels vétérinaires, récits littéraires sont autant de continents documentaires à explorer, il faut faire feu de tout bois pour éclairer le vécu des animaux. L’histoire du point de vue animal est ainsi essentiellement interdiscipli