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Cuicui, meuh, tagada, histoires d'animaux : Collecter les oiseaux, une autre histoire des sciences coloniales

Cuicui, meuh, tagada, histoires d'animaux : Collecter les oiseaux, une autre histoire des sciences coloniales

Published 1 day, 8 hours ago
Description

En 1931 est lancée une mission qui doit traverser l’Afrique d’ouest en est : la mission Dakar-Djibouti, une mission ethnographique et linguistique en quête d’objets, de manuscrits, mais aussi d’animaux et entre autres d'oiseaux, par leur chant, par leurs plumes, par leur corps.

L’ornithologie, une science coloniale ?

Dès le 18ᵉ siècle, les oiseaux fascinent le monde des savants. Un vaste marché d’oiseaux, en particulier exotiques, se consolide en Europe et alimente le savoir scientifique. Au début du 19ᵉ siècle, l’ornithologie se constitue comme science et étudie principalement des oiseaux morts. L’ornithologue classe et inventorie les espèces aviaires, selon une entreprise de collecte de spécimens.

L’ornithologie prend son essor en plein expansionnisme colonial."L'ornithologie témoigne des liens entre la science et le contexte politique de l'époque, en l'occurrence, la traite transatlantique", explique l'ethnologue Julien Bondaz, maître de conférences en anthropologie à l’Université Lumière Lyon 2. "La connaissance des oiseaux en France s'explique par les réseaux de cette traite. Des oiseaux vivants étaient embarqués avec le sucre, ce qui explique pourquoi Nantes est devenue un port important d'importation du sucre, tout en favorisant le commerce d'oiseaux dits 'exotiques'." Le monde savant cherche à recenser, inventorier et collecter toutes les espèces animales, en particulier des oiseaux, tandis que la propagande coloniale n'hésite pas à mobiliser l'imaginaire volatile. La cigogne évoque ainsi l’image d’un empire colonial français sans frontières. À partir de l’entre-deux-guerres, c’est au tour des ethnologues de s’intéresser aux espèces aviaires dans le cadre de leurs études des populations.

La mission Dakar-Djibouti prend son envol

La mission ethnographique et linguistique Dakar-Djibouti est une expédition scientifique qui traverse le continent africain d’ouest en est entre 1931 et 1933. Dirigée par l’ethnologue Marcel Griaule, elle marque la naissance de l’ethnologie professionnelle française. La mission Dakar-Djibouti vise à montrer à l’État français que l’ethnologie est une science qui applique des méthodes scientifiques d’observation et de collecte. Pendant deux ans, des milliers d’objets ethnographiques sont collectés sur le continent africain, ainsi que des espèces zoologiques et ornithologiques. Les membres de la mission chassent, puis procèdent à des opérations de taxidermie sur les oiseaux, afin d'enrichir leurs collections. Les gestes de collecte ornithologiques sont des gestes à mi-chemin entre la chirurgie et la charcuterie. Des violences sont commises au moment de les abattre ou de les piéger.

L’observation des oiseaux a aussi une visée artistique. Durant la mission, le jeune écrivain surréaliste, Michel Leiris, interprète le vol de certains oiseaux comme des présages. Côté peinture, l'artiste Gaston-Louis Roux, un peintre proche des avant-gardes artistiques de son époque, est recruté par Marcel Griaule. Copier des toiles, peindre des paysages en ruines et former les peintres éthiopiens, "Gaston-Louis Roux va se détourner de ses missions premières pour participer à l'entreprise de collecte d'oiseaux. C'est une hypothèse que j'émets, parce que l'habileté du peintre qui va dé-maroufler une toile avec son scalpel, c'est le même type d'habileté qu'on attend d'un taxidermiste qui doit dépouiller l'oiseau", ajoute Julien Bondaz, auteur de Poussière d’oiseaux. Une autre histoire de la mission Dakar-Djibouti (Éditions B42, 2025).

Atterrir dans les musées

Les oiseaux collectés durant la mission Dakar-Djibouti quittent leur environnement naturel, embarqués dans des caisses. Débarqués à Paris, près de deux cents oiseaux naturalisés rejoignent les collections du Muséum d’histoire naturelle. Ces spécimens naturalisés sont conservés sous la forme de peau. Là où les objets ethnographiques sont classés en fonction de leur ori

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