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Cuicui, meuh, tagada, histoires d'animaux : Domestiquer les animaux, une histoire de dominations

Cuicui, meuh, tagada, histoires d'animaux : Domestiquer les animaux, une histoire de dominations

Published 3 days, 8 hours ago
Description

Les animaux ont une histoire. L'histoire d'une domestication, mais également celle d’une domination, qui nous éclaire sur les dominations entre les humains, qu’il s’agisse des femmes ou des populations colonisées.

Domestiquer, dès le néolithique

La révolution néolithique est généralement retenue comme le point de bascule à partir duquel les humains domestiquent certaines espèces animales. Au sens biologique, il s’agit du contrôle progressif d’une espèce par l’humain, qui comprend la maîtrise de sa reproduction. On pense souvent aux animaux domestiques comme les animaux de la maison, des espèces compagnonnes, nourricières, adjuvantes (chat, chien, cheval, bœuf/vache, mouton…). Derrière le soin de ces animaux, et l’affection parfois réelle qui leur est portée, c’est surtout leur exploitation (alimentaire, symbolique, matérielle, par agrément…) qui apparaît. La domestication repose sur un droit de vie ou de mort qui s’exerce sur l’animal. Les animaux sauvages peuvent aussi être domestiqués, avec plus ou moins de succès, par capture, enfermement ou dressage.

La Genèse pour expliquer la domination de l'humain sur l'animal

Au Moyen Âge, la domestication des animaux est entendue à travers un prisme biblique, celui des récits de la Genèse. Adam y apparaît comme le maître de la création qui nomme et domine les animaux, mais aussi sa femme, Ève. Dans le même temps, la ligne de partage entre animal et humain commence à se stabiliser, avec l’apparition d’un nouveau terme en ancien français, celui de “bête”, qui se substitue au pecus, les animaux herbivores, restés fidèles à l’humain depuis la Chute, et la bestia, les carnivores sauvages qui rappellent à l’humain son péché originel.

Le Déluge, mentionné dans les chapitres suivants de la Genèse, permet de comprendre la perception par l'humain du monde animal et de son entrée progressive dans la domus, la maison. À partir du 15ᵉ siècle "se met en place une rhétorique selon laquelle Noé entre dans l'Arche avec tout ce qui lui appartient : sa femme, ses fils, les femmes de ses fils et toutes ses bêtes", explique Clémentine Girault, doctorante en histoire médiévale à l'Université Paris Cité. Noé incarne "une figure de maître qui est à la tête de sa maison, avec à la fois la dimension architecturée, le lignage et cette propriété sur le vivant qui vient signaler ce qu'est une maison".

Quand la protection animale prend des airs de colonisation

À la période contemporaine, la domestication peut être étudiée à travers les jardins zoologiques, qui sont conçus comme des espaces de protection en captivité. Des mouvements de protection des animaux apparaissent en effet dans la seconde moitié du 19ᵉ siècle, alors que le souci de la condition animale se répand dans l’opinion publique, révoltée par la cruauté toujours plus visible envers les animaux. C’est au nom de la préservation des animaux que le nombre d’animaux domestiques augmente, et que les zoos se développent.

La volonté de protéger les animaux, qui s’applique d’abord aux animaux les plus proches, les animaux domestiques, s’étend peu à peu aux animaux sauvages à la fin du 19ᵉ siècle. Certains apparaissent en effet en danger d'extinction. L’histoire des zoos croise alors l’histoire coloniale, car bon nombre d’animaux sauvages en Europe sont issus de filières de capture et de domestication implantées dans les empires coloniaux, notamment sur le continent africain. "Très à la mode, l'idée d'acclimatation des espèces est prégnante au 19ᵉ siècle", ajoute l'historienne Violette Pouillard, autrice d'Histoire des zoos par les animaux. Impérialisme, contrôle, conservation (Champ Vallon, 2019). "Il s'agissait de prendre des animaux issus d'autres continents, d'autres contrées, et d'essayer de les acclimater à notre climat, soit pour améliorer le cheptel domestique par des croisements, soit pour les conserver." La rhétoriqu

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