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Back to EpisodesLes papes et la France : François Iᵉʳ et Léon X, concordat sauce bolognaise
Description
En 1516, à Bologne, en Italie du Nord, le roi de France et le pape s'accordent sur les relations entre la France et l’Église. Un concordat d’une importance capitale puisqu’il règle les relations entre les deux souverains jusqu’à la Révolution française.
La Pragmatique Sanction de Bourges
Jusqu'en 1516, la Pragmatique Sanction de Bourges, une ordonnance promulguée en 1438 par Charles VII, encadre les nominations ecclésiastiques en France. Les moines et chanoines élisent librement leurs supérieurs, sans ingérence royale ou papale. Ce système ne satisfait pas le roi, pour qui cette ordonnance semble davantage être un obstacle politique et économique. Au lendemain des antipapes avignonnais et du Grand Schisme, le pape souhaite réaffirmer son autorité spirituelle face aux velléités conciliaires de certains évêques, qui considèrent l'autorité du concile œcuménique supérieure à celle du pape.
Le concordat de Bologne
En 1515, la victoire de François Iᵉʳ à Marignan, pendant les guerres d’Italie, permet au roi d’imposer ses idées. Négocié dès 1515 et signé en 1516, le concordat de Bologne établit un compromis inédit : le roi nomme les hauts dignitaires aux évêchés et aux grandes abbayes, qui reçoivent ensuite l'investiture canonique du pape. En réalité, auparavant, "il est difficile d'élire un abbé, d'élire un évêque ou un archevêque contre la volonté du roi", explique l'historien Cédric Michon, auteur de La Renaissance. Un monde en mouvement (Calype, 2026). "En revanche, ce que simplifie le concordat de Bologne, c'est qu'il va affirmer le pouvoir de nomination du roi." Le roi peut ainsi placer ses fidèles aux postes stratégiques de l'Église et bénéficier des biens et des revenus qui en émanent. De son côté, le pape obtient l'abandon des idées conciliaires et garde ses annates, une taxe prélevée par Rome sur les revenus des bénéfices lors de chaque nomination. Finalement, les espoirs du gallicanisme – qui défend l’autonomie de l’Église de France par rapport à l’autorité du pape à Rome – s'évanouissent avec la perte du poids électoral des chapitres et des monastères.
Un concordat symbole de l’Ancien Régime ?
Précisé en 1531, puis en 1579 par les ordonnances de Blois, le concordat structure les relations franco-pontificales pendant près de trois siècles, jusqu’à la Constitution civile du clergé en 1790. En effet, "en 1579, les grandes tendances de Blois spécifient les procédures de nomination", précise l'historien Jean Sénié, auteur d’Entre Aigle, les Lys et la tiare. Les relations des cardinaux d’Este avec le royaume de France (1530-1590) (Firenze University Press, 2022). "Mais cet accord est suffisamment bien formulé et solide pour constituer la base, le fondement des relations entre la papauté et le royaume de France jusqu'à la Révolution française." Pourtant, son application ne se fait pas sans résistance. Tout au long de l’Ancien Régime, les chapitres tentent à plusieurs reprises de rétablir l’élection de leurs évêques et de leurs abbés. Chaque nomination donne lieu à des échanges entre la cour de France et la curie romaine, et façonne ainsi les relations entre la France et la papauté.
Pour en savoir plus
Cédric Michon est historien, professeur d’histoire moderne à l’Université Rennes 2. Ses publications :
- La Renaissance. Un monde en mouvement, Calype, 2026.
- François Iᵉʳ, un roi entre deux mondes, Alpha, 2024.
Jean Sénié est historien, maître de conférences en histoire moderne à l’Université de Tours et membre junior de l'Institut Universitaire de France. Il est l’auteur d’Entre Aigle, les Lys et la tiare. Les relations des cardinaux d’Este avec le royaume de France (1530-1590), Firenze University Press, 2022.
Références sonores de l'émission :
- "Hélas madame", composé au 15ᵉ siècle.
- Lettre-patente de François Iᵉʳ à Hippolyte