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Back to EpisodesLes papes et la France : Le pape et le président, se quereller et papoter
Description
En septembre 1870, quand le Second Empire de Napoléon III s’effondre, la République est proclamée. C’est désormais avec un président que le pape doit discuter.
Vers la rupture diplomatique
Au début de la IIIᵉ République, la France entretient des relations cordiales avec la papauté romaine. Le pape Léon XIII, élu en 1878, s’adapte aux changements de la société française malgré la mise en place des lois de laïcisation. En 1892, Léon XIII invite la France catholique à accepter les institutions républicaines. C’est ce qu’on appelle le Ralliement. D’un point de vue diplomatique, le pape dialogue avec le gouvernement français par le biais de nonces apostoliques, des envoyés permanents auprès de gouvernements étrangers, tandis que le président français envoie des ambassadeurs au Saint-Siège.
Au début du 20ᵉ siècle, l’arrivée de républicains radicaux au pouvoir affecte les relations entre la France et le souverain pontife. Le président du Conseil, Émile Combes, décide d’appliquer la loi de liberté d'association (1901), portée par Pierre Waldeck-Rousseau. L’enseignement est alors interdit aux congrégations religieuses. En mai 1904, le président de la République française, Émile Loubet, se rend à Rome pour rencontrer le roi d’Italie Victor-Emmanuel III, sans rendre visite au pape Pie X. La rupture diplomatique entre la France et la papauté est entamée.
Quand la loi sépare
En décembre 1905, le vote et la promulgation de la loi de séparation des Églises et de l’État mettent fin au Concordat de 1801 entre la France et la papauté. "La séparation s'est faite assez rapidement et brutalement, mais elle ne s'est pas faite sans débat", précise Frédéric Gugelot, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Reims-Champagne-Ardenne. La séparation des Églises et de l'État, "c'est l'abrogation du Concordat, donc de fait, l'arrêt du paiement des pensions des ecclésiastiques, la nationalisation des biens de l'Église et c'est surtout proposer à l'Église une autre façon d'exercer son culte dans le régime républicain." L’année suivante, Pie X condamne cette loi par deux encycliques et appelle la France catholique à ne pas soutenir le régime républicain. De nombreux catholiques français et françaises suivent la voie du pape et appellent à la chute du gouvernement.
Les relations entre les présidents français et les papes ne s’apaisent qu’à partir des années 1920. En 1921, les relations diplomatiques entre le Vatican et Paris reprennent. Un ambassadeur français retourne à Rome pour la première fois après plus d’une décennie. Des tractations ont cours jusqu’en 1924 pour créer un autre système d’association religieuse pour les catholiques : les associations diocésaines, qui assurent alors entièrement l’exercice du culte.
Les premières visites officielles
"En 1929, la conclusion des accords du Latran entre le Saint-Siège et le régime de Mussolini [reconnaît la pleine propriété et l'autorité souveraine au Saint-Siège]", explique Audrey Virot, historienne du droit et chercheuse à l’École française de Rome. "L'existence d'un territoire simplifie les modalités de visite du président français à Rome [et donne au Saint-Siège] une légitimité à intervenir et participer dans la société internationale." Durant l’entre-deux-guerres, le pape ne quitte pas le Vatican.
À partir des années 1950, des rencontres officielles entre chefs d’État français et papes se mettent en place. Le président de la IVᵉ République, René Coty, est le premier à se rendre au Vatican en mai 1957. Deux ans plus tard, c’est au tour de Charles de Gaulle de se rendre au palais apostolique de Jean XXIII. Filmée à la télévision, cette rencontre entre le premier président de la Vᵉ République et le pape ouvre la voie à des rencontres régulières dans les décennies qui suivent. Un dialogue aussi politique que symbolique.
Pour en savoir plus
Frédéric Gugelot est professeur d’his