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Back to EpisodesPhotographie, objectif patrimoine : Photographier le patrimoine, figé pour l’éternité
Description
Les pionniers de la photographie ont vécu une aventure à la fois humaine, artistique et technique. Partis sur les routes de France, ils ont capturé des monuments déjà menacés de disparition. Leurs clichés, devenus eux-mêmes patrimoniaux, révèlent l’évolution de notre rapport à cette notion complexe qu’est le patrimoine. Ce travail de documentation est aussi un acte de préservation : un regard tourné vers le passé pour garantir l’avenir de ce patrimoine.
La prise de conscience patrimoniale
Au 19ᵉ siècle, l’invention de la photographie coïncide avec l’émergence d’une conscience patrimoniale en France. En effet, les destructions de la Révolution française et la découverte de monuments en ruines suscitent la peur de voir disparaître des édifices qui incarnent l’histoire de France. Le texte "Guerre aux démolisseurs" de Victor Hugo, paru en mars 1832, renforce l'idée qu'il faut sauvegarder ces monuments. Alors que les institutions, comme la Commission des monuments historiques, s’emparent de la question, la photographie apparaît comme un outil efficace de documentation et de conservation du patrimoine. Anne de Mondenard, responsable du département photographies et images numériques au musée Carnavalet – Histoire de Paris, souligne le paradoxe inhérent à l’usage de la photographie au 19ᵉ siècle "qui est tourné vers l’avenir avec un certain nombre d’inventions", dont la photographie fait partie, alors qu'"un des premiers grands rôles qu’on va lui donner, c’est de regarder vers le passé."
Malgré l’arrivée d’appareils légers et maniables, grâce aux rapides progrès techniques apparus tout au long du 19ᵉ siècle, les photographes du patrimoine restent, selon Olga Lemagnen, historienne de la photographie, "fidèles à des techniques assez anciennes". Alors que des appareils compacts se démocratisent, "eux conservent des chambres photographiques sur pied, moins lourdes que celles des années 1850". Anne de Mondenard explique que "c’est le seul outil qui leur permet de redresser les perspectives. Quand vous photographiez un bâtiment avec un appareil, les perspectives se déforment. Si l’on veut avoir une photographie d’une façade avec de belles lignes parallèles, il n'y a que la chambre photographique, avec l'avant et le dos qui bougent, qui vous permet de redresser les perspectives."
L’institutionnalisation de la photographie comme outil de conservation : commandes publiques et municipales
En 1851, la mission héliographique, première commande publique française de la Commission des monuments historiques, envoie cinq photographes – Hippolyte Bayard, Édouard Baldus, Gustave Le Gray, Henri Le Secq et Auguste Mestral – pour inventorier, sous forme d’images, une partie du patrimoine national. Comme l’explique Anne de Mondenard, le terme "héliographique", qui signifie écrire avec le soleil, est forgé par les historiennes et historiens ultérieurement, puisque le vocabulaire de la photographie n’est pas fixé au 19ᵉ siècle. En 1851, la mission est désignée comme une "mission photographique ou de photographe en mission". La photographie est reconnue par l’État comme un moyen technique rapide et précis pour préparer les restaurations des monuments historiques dont la Commission a la charge.
En parallèle, Paris, berceau de la photographie, joue un rôle moteur dans l'institutionnalisation de la photographie comme outil de conservation. Dès 1839, Louis Daguerre y réalise ses premiers daguerréotypes et capture les grands monuments parisiens et la Seine. Un article de la Gazette nationale, à lire sur RetroNews.fr, fait état des questionnements qui suivent la découverte de l'inventeur.
Dans les années 1850, la municipalité commande des vues avant les transformations haussmanniennes, notamment auprès de Charles Marville. Anne de Mondenard note un paradoxe : "Le fait que la photographie existe et qu’on puisse préserver une trace de ce qui va d