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Back to EpisodesPhotographie, objectif patrimoine : Collectionner et exposer, la photographie au musée
Description
De nos jours, il est évident de croiser quelques clichés photographiques quand nous visitons une exposition ou les collections permanentes d’un musée. Il peut s’agir de documents historiques ou d’œuvres d'art, qui parfois se rejoignent. À quand la patrimonialisation de la photographie remonte-t-elle en France ? Quand les musées ont-ils commencé à s’intéresser à la photo ?
Un support documentaire au 19ᵉ siècle
Dès le 19ᵉ siècle, la photographie intègre diverses institutions telles que des bibliothèques ou des musées. C’est le cas de la Bibliothèque nationale, du Muséum d’histoire naturelle, du Musée des Antiquités, ou encore du Conservatoire des arts et métiers, par exemple. Néanmoins, la photographie n’est pas collectionnée intentionnellement et aucune institution n’a la volonté de former une collection. Les images sont conservées pour leur valeur documentaire et ne sont pas encore perçues comme des œuvres d’art. Dans la majorité de la société, la photographie est perçue comme un outil de reproduction de la nature. À l’encontre de l’opinion commune, certains photographes défendent l’idée que la photographie est un art. C’est le cas du photographe Nadar, de la photographe britannique Julia Margaret Cameron ou encore du photographe Gustave Le Gray. Leur parole trouve cependant peu d’échos.
Des collections privées aux expositions
La période de l’entre-deux-guerres marque une étape importante dans la prise de conscience de la photographie comme patrimoine. Les images anciennes du 19ᵉ siècle commencent à être recherchées activement par des collectionneurs et collectionneuses comme Gabriel Cromer, Thérèse Bonnet ou encore André Dignimont. De nombreux critiques d’art commencent à publier des images du siècle passé et les font connaître dans des revues d’avant-garde ou des revues d’art. Des expositions entièrement dédiées à la photographie voient le jour et permettent au public de prendre connaissance de l’histoire du médium. La perte de plusieurs collections d’ampleur – telles que celles de Gabriel Cromer ou d’Eugène Atget qui partent vers les États-Unis dans les années 1930 – constitue des traumatismes à l’échelle nationale.
La photographie devient œuvre d'art
L’institutionnalisation et la patrimonialisation de la photographie s'accélèrent dans les années 1960-1970. En 1964, le Musée français de la photographie est inauguré à Bièvres. En 1970, les Rencontres d’Arles sont également créées. En 1972, c'est au tour du musée Nicéphore-Niépce d'être inauguré à Chalon-sur-Saône, ville de naissance du célèbre photographe.
À la fin des années 1970, l’État et les institutions veulent créer des collections photographiques qui soient artistiques, notamment au Centre Pompidou ou au musée d’Orsay. Les expositions jouent un rôle crucial dans la patrimonialisation de la photographie et l’évolution de son statut comme objet d’art.
Pour en savoir plus
Éléonore Challine est maîtresse de conférences en histoire de la photographie à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Elle est l’autrice d’Une histoire contrariée. Le musée de photographie en France (1839-1945) (Éditions Macula, 2017).
Références sonores de l'émission :
- Yvan Christ, critique et historien de l'art, France Culture, 8 avril 1965.
- Charles Baudelaire à propos de la photographie en 1859, texte lu dans Un été avec Baudelaire, France Inter, 2014.
- Lecture par Raphaël Laloum d'un texte de Nadar dans "Les histoires du mois", Musée français-anglais, n° 22, octobre 1856.
- Bernard Marbot, conservateur au département des estampes et de la photographie à la Bibliothèque nationale de France, France Culture, France Culture, 1ᵉʳ octobre 1989.
- Denis Briat à propos de la collection du photographe Eugène Atget, France Culture, 19 avril 1972.
- Lecture par Thomas Beau de la lettre du photographe Henri Manuel au ministre de l’Éducation nationale, 24 mai 193