Episode Details
Back to EpisodesÉdition, une histoire sous contrôle : Le roi et les livres, l’édition sous surveillance
Description
Le terme éditeur n’existe pas sous l’Ancien Régime. Les hommes et les femmes professionnels du livre sont qualifiés de "libraires-imprimeurs". Ils exercent dans le cadre des corporations avec une réglementation édictée au début du 17ᵉ siècle. Il s’agit généralement d’artisans lettrés, qualifiés, qui savent lire le latin autant que le grec pour exercer leur profession. Certains libraires-imprimeurs sont parfois des femmes qui reprennent le métier de leur mari après leur mort. C’est notamment le cas de la "veuve Calamy", de son vrai nom Marie Dubois, qui exerce à Bordeaux au 18ᵉ siècle. Ces veuves sont particulièrement présentes dans les librairies où elles font office de "chef de maison", explique la chercheuse Sabine Juratic. Elles sont moins actives dans les imprimeries, où leur nom permet avant tout de maintenir l'entreprise dans le patrimoine familial.
Le travail du libraire-imprimeur se fait à l’intérieur d’un atelier. C’est là qu’il coordonne le travail des ouvriers employés à différentes tâches : typographie, impression, relectures. Sous l’Ancien Régime, plusieurs villes du royaume de France sont importantes dans l’édition des livres : Paris, Lyon et Rouen.
Le rapport avec l’auteur
Sous l’Ancien Régime, l'édition des livres suit un processus strict. "Les communautés de métiers ont un monopole pour la fabrication et le commerce du livre", souligne Sabine Juratic. Les auteurs – et plus rarement autrices – doivent donc passer par l'intermédiaire d'un libraire-imprimeur pour publier leur ouvrage. Les libraires-imprimeurs sont généralement spécialisés dans un secteur du marché du livre : ouvrages scientifiques, ouvrages politiques, ouvrages d’actualité. Une fois démarché par l'auteur, le libraire-imprimeur doit obtenir une autorisation préalable de publication du chancelier, appelée privilège, et soumettre le manuscrit à la censure "pour vérifier que le texte contient seulement des informations autorisées par le pouvoir", précise l'historienne Marion Brétéché. Le privilège royal, qui accorde le monopole de commercialisation, est une "mesure économique", qui assure au libraire-imprimeur un "retour sur investissement". L'auteur, lui, est rétribué au moment où il donne son manuscrit. Il faut attendre Beaumarchais et la fin du 18ᵉ siècle pour la mise en place des droits d'auteur. "Être auteur n'est pas vraiment un métier sous l'Ancien Régime, rappelle Marion Brétéché. Au cours du 17ᵉ siècle, cela devient progressivement un statut social, mais qui n'implique pas une professionnalisation au sens où on vivrait de sa plume complètement."
Certains libraires-imprimeurs nourrissent une relation personnelle avec leur auteur. Au 18ᵉ siècle, le libraire-imprimeur Marc-Michel Rey entretient une correspondance fleuve avec l’écrivain et philosophe Jean-Jacques Rousseau. Correction des épreuves, choix de la typographie ou du papier… Les deux hommes de lettres discutent de tous les éléments susceptibles de rendre l’ouvrage de meilleure qualité.
Échapper à la censure
Le marché du livre et de l’édition est encadré par la censure. Le Conseil du roi, le Parlement et l’Église contrôlent la production des livres. La censure s’exerce avant la publication et également a posteriori. Les censeurs renforcent parfois le succès des ouvrages par une surmédiatisation. C’est le cas de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert qui, au cours de son histoire éditoriale, obtient un succès considérable malgré des interdictions multiples. Certains libraires-imprimeurs parviennent à échapper à la censure par le biais d’impressions à l’étranger : en Suisse ou dans les Provinces-Unies par exemple. Certains préfèrent également l’anonymat et n’impriment pas de marques typographiques sur l’ouvrage en question.
Pour en savoir plus
Marion Brétéché est maîtresse de conférences en histoire moderne, habilitée à diriger des recherches,