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Back to EpisodesLe climat et les humains : Temps doux sur l'an mil
Description
Le "petit optimum médiéval" est un concept introduit par le paléoclimatologue anglais Hubert Lamb en 1965. Il constate que le climat mondial se réchauffe entre le 10ᵉ et le 13ᵉ siècle. Les étés sont plus chauds, les hivers plus doux et les conditions sont favorables à l’agriculture et à une croissance économique et démographique. Ce changement climatique s’explique par plusieurs facteurs : l’augmentation des radiations solaires sur le globe terrestre et le faible nombre d’éruptions volcaniques durant la période. Le petit optimum médiéval offre des températures parfois irrégulières, entre des étés caniculaires, comme celui de 1137 dans le nord-ouest de l’Europe, et des hivers particulièrement froids comme celui de 1234.
De nos jours, à l'heure du réchauffement climatique de l'ère industrielle, l'idée selon laquelle le climat a toujours connu des fluctuations fleurit, sur les réseaux sociaux notamment. "Le petit optimum médiéval [est] beaucoup invoqué", à grand renfort de citations de sources médiévales, rapporte l'historienne Pauline Guéna. Toutefois, cette minimisation du réchauffement climatique ne tient pas au regard des "analyses scientifiques [qui] montrent de façon solide et convergente depuis les années 2010 qu'on a largement dépassé [l]es moyennes du petit optimum climatique, qui ne sont jamais supérieures à 2 degrés", insiste l'historienne. De nombreux historiens et historiennes ne parlent d'ailleurs plus de "petit optimum médiéval" mais d’une "anomalie climatique médiévale".
Redoux médiéval et répercussions sur l’environnement
Le "petit optimum médiéval" est favorable à l’agriculture et participe à l'essor de l’économie. Dans les sociétés médiévales occidentales, le climat chaud est associé à des années prospères, où les rendements augmentent. La chaleur et la sécheresse n'empêchent pas la récolte du blé, par exemple, ou la conservation de certains aliments. Les rivières sont mieux canalisées qu’en temps de grand froid et les déplacements deviennent plus fluides.
Le climat n'est pas observé en tant qu'il est un objet de science, mais parce qu'il est un enjeu de subsistance. "Les conditions de culture sont extrêmement fragiles. On récolte très peu – 5 grains récoltés pour un grain semé, quand à l'heure actuelle, on a 40 grains récoltés pour un grain semé –, le moindre orage peut faire baisser la production de 50 %", explique l'historien Thomas Labbé, auteur des Catastrophes naturelles au Moyen Âge (CNRS Éditions, 2017, rééd., 2020). Les observations climatiques sont mises "en relation avec les prix, qui peuvent quadrupler presque du jour au lendemain."
Interpréter les accidents climatiques
Cette période de réchauffement du climat n’empêche pas certains épisodes climatiques désastreux pour les populations. Les inondations, la sécheresse et les incendies sont courants. En 1137, le nord-ouest de l’Europe connaît un épisode caniculaire sans précédent. Des villes et des églises brûlent, des reprises de feu s’ensuivent plusieurs années durant.
Dans le système de pensée médiéval, les réflexions théologiques viennent apporter un sens divin à un événement climatique inexpliqué. Un incendie ou une inondation peuvent être appréhendés comme une punition divine. Une catastrophe climatique n'est pas déplorée parce qu'elle vient détruire la nature "telle qu'elle est dans sa beauté", remarque Pauline Guéna. Pour les médiévaux, la belle nature est "la nature telle que Dieu l'a voulue, travaillée et exploitée". Les médiévaux regrettent alors "une crise de la productivité et non pas un sabotage ou une destruction de la nature."
À la charnière des 13ᵉ et 14ᵉ siècles, de nouvelles variations climatiques apparaissent et renversent la tendance. Le petit âge glaciaire commence.
Pour en savoir plus
Pauline Guéna est docteure en histoire médiévale, chargée de recherche CNRS. Ses publications :
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