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Histoire de la nuit africaine: au Sénégal, la montée en puissance des soirée reggae «sound system» [8/10]

Published 1 week, 2 days ago
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À Dakar et en région, il ne se passe pas un week-end sans « sound system », du nom de ces soirées reggae de la scène underground. Autrefois marginalisées, elles se font une place dans les nuits sénégalaises et gagnent en reconnaissance.

De notre correspondante à Dakar,

À Dakar, sur une piste à ciel ouvert, les corps se laissent porter par les vibrations reggae. Aux platines, le DJ enchaîne des titres venus d’Europe, des États-Unis et de Jamaïque, bien sûr. « Ici, on aime le dancehall, on aime le reggae et la culture rasta », confie Omar. Ce dernier appartient à la communauté des Baye Fall, une branche du mouridisme connue au Sénégal pour ses valeurs communes avec le mouvement rasta, comme le sens du service et l’amour de la nature. Chez lui, le reggae a toujours résonné comme une prière.

Ces dernières années, il a vu peu à peu les « sound system » s’ouvrir au reste de la société. « Il y a des pères et des mères de famille, il y a des couples mariés. Il y a des responsables et cadres d’entreprise qui viennent ici juste pour profiter de la musique. Plus de personnes sont conscientes du message qu’il y a derrière », explique-t-il.

Au Sénégal, les premiers « sound system » datent des années 1990, impulsés par le travail du célèbre animateur radio Cheikh Amala Doucouré. Dès 1985, ce dernier consacre chaque samedi une émission reggae sur les ondes de la radio-télévision nationale (RTS). Mais le mouvement ne prend pas vraiment, associé à une forme de déviance morale et religieuse. Aujourd’hui, les réseaux sociaux changent la donne : la rébellion pacifique de Bob Marley ou la résistance radicale de Peter Tosh trouvent un nouvel écho chez les jeunes.

« Moi, ce qui m’intéresse, c’est que les gens puissent voir les messages au lieu de voir la marijuana, la fumette, etc. Tous les rastas revendiquent l’indépendance de l’Afrique en général. Il y a encore le système Babylone qui règne partout dans le monde. Moi, en tant que Sénégalais, je rejoins leur mode de pensée », souligne Omar.

Dreadlocks, code vestimentaire vert-or-noir aux couleurs de la Jamaïque… Ici, chacun affiche les symboles du reggae et revendique toute l’histoire qui y est rattachée. Arame Ndiaye est responsable chez Sen Reggae, l’entité qui organise les « sound system ». « Les Jamaïcains se sentent Africains. Ce sont des descendants d’esclaves, ils sont vraiment très attachés à leur terre ici. Je vous donne un exemple : un artiste reggae qui vient au Sénégal. Il veut aller à Gorée et voir la Porte du Chemin sans retour. Pourquoi ? Parce que c’est le sang », explique-t-elle.

Les « sound system » veulent désormais sortir de l’ombre du mbalax et de l’afrobeats, plus populaires au Sénégal. Bien plus que de simples fêtes, Arame Ndiaye y voit un espace de cohésion sociale. « C’est un message de paix et d’harmonie. Par exemple, avec la situation politique actuelle du pays, si plus de gens écoutaient du reggae, ils seraient beaucoup plus apaisés, comprendraient mieux les choses et agiraient différemment », estime-t-elle.

À Dakar, le « sound system » a rassemblé plus d’un millier de personnes le 11 mai dernier, date anniversaire de la mort de la légende Bob Marley.

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