Episode Details
Back to EpisodesLes actrices des luttes anticoloniales: l’impératrice Taytu d’Éthiopie [7/10]
Description
Bien que l’Éthiopie soit toujours restée indépendante, elle a tout de même échappé de peu au joug colonial de l’Italie. À la fin du 19e siècle, Rome, qui a pris le contrôle de l’Érythrée, cherche à étendre son influence dans la Corne de l’Afrique. Mais jamais le pays ne parviendra à s’implanter en Éthiopie – du moins, jusqu’à l’occupation italienne de 1935 à 1941 fomentée par Benito Mussolini. L’empereur éthiopien Ménélik II, au pouvoir à l’époque, devient alors un symbole de la lutte contre la colonisation, éclipsant l’impératrice Taytu Betul, son épouse, dont le rôle a pourtant été déterminant.
De notre correspondante à Addis-Abeba,
À Addis-Abeba, Bezawit contemple la statue ocre de l’empereur Ménélik II sur l’immense esplanade du musée d’Adwa. À ses côtés, tout aussi imposante, l’impératrice Taytu pointe du doigt la fontaine qui lui fait face, comme un clin d’œil à l’Histoire, explique Tigist Angasu, guide au musée.
« Pendant le siège de Mekelle, Taytu a coupé l’approvisionnement en eau de la rivière, rendant l'accès à la ressource extrêmement difficile pour les Italiens, raconte-t-elle. La situation est ensuite devenue extrêmement ardue pour les forces italiennes qui, après six jours de siège, ont capitulé et quitté le champ de bataille. »
Bezawit l’avoue : elle ne connaissait pas le rôle décisif de Taytu dans cet épisode clé de l’invasion italienne de janvier 1896. « J’ai entendu dire qu’elle a fait beaucoup de bien aux femmes et que c’était une héroïne. Mais je dois avouer que mes connaissances à ce sujet sont limitées », confie-t-elle.
L’impératrice Taytu a pourtant largement contribué à l’échec de l’Italie en Éthiopie, explique l’anthropologue Alula Pankhurst : « Son mari, l'empereur, avait commencé à avoir beaucoup de relations avec les Européens et à passer des accords avec eux parce qu'il voulait importer des armes. Mais elle, elle disait toujours que si les Européens venaient avec des cadeaux, c'était parce qu'ils avaient des intentions ultérieures. Elle se méfiait beaucoup d'eux. »
Le rôle de Taytu dans la bataille d’Adwa, qui a chassé les Italiens le 1er mars 1896, a été déterminant. « Premièrement, elle a créé un bataillon, une équipe de soldats de femmes sur des mules, détaille-t-il. Elle était donc aussi dans les stratagèmes, elle a donné beaucoup d'avis et aussi des soins, elle y a même participé activement lorsqu'il y a eu des opérations chirurgicales, après la bataille. C’est quelqu’un qui a, en quelque sorte, permis à l'Éthiopie de garder son indépendance vis-à-vis des pouvoirs européens à la fin du 19e siècle, tandis que les autres pays africains étaient colonisés. »
Taytu a aussi marqué de son influence la capitale éthiopienne. C’est elle qui, en 1886, a choisi de la nommer Addis-Abeba, « Nouvelle Fleur » en amharique.