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Histoire de la nuit africaine: à Abidjan, la rue Princesse, mythique royaume des fêtes ivoiriennes [5/10]

Published 2 weeks, 3 days ago
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RFI continue d’explorer les histoires de la nuit en Afrique. Dans cet épisode, direction la Côte d’Ivoire, à Abidjan, où la capitale de « l’enjaillement » - le fait de s'amuser - doit en bonne partie sa réputation à une artère mythique de la commune de Yopougon, la rue Princesse, rasée il y a 15 ans, le 5 août 2011, au nom de la salubrité urbaine. 

De notre correspondant à Abidjan,

L'histoire de la rue Princesse, « temple des nuits chaudes de la capitale économique » ivoirienne avec ses « boissons qui coulent à flot, [sa] musique à profusion, et le monde qui bouge », comme le rappelle une archive sonore de l'époque, a duré vingt ans. 

Aujourd'hui, les nuits se sont refroidies. Mais si les commerces ont pris la place des maquis dans la célèbre artère, Charlie Beaux-Yeux garde encore en mémoire l'ambiance festive qui l'a longtemps animée. En 1991, cet entrepreneur avait ouvert L'Image, la toute première boîte de la rue Princesse et le début d'un mythe.

« On s’est dit qu’il fallait réveiller la commune, et cela en créant une image, l’image de la commune de Yopougon. Comme nous étions dans le milieu du show-biz, on attirait tous les artistes qui passaient en Côte d’Ivoire. Même les footballeurs venaient, c’était le rendez-vous des grands ! », se remémore celui-ci. 

Dans la foulée de L’Image, d’autres boîtes comme La Clinique, Le Sérum, La Pharmacie de garde cimentent la réputation de la rue Princesse. L’artère de deux kilomètres de long devient un maquis géant et le passage obligé des fêtards.

Le producteur de musique Claude Bassolé était le propriétaire de L’Image. Pour lui, la rue Princesse a même redéfini la culture ivoirienne. « On a inversé la tendance ! Les gens quittaient Cocody, Treichville, Marcory, pour aller danser à Yopougon. Une boîte de nuit qui jouait à l'époque du zouglou était considérée comme une boîte folklorique. On a imposé cette musique qui est devenue notre identité nationale », raconte-il.

Les stars du zouglou comme Magic System ou Yodé et Siro ont donné leurs premiers concerts rue Princesse dans les années 1990. Celle-ci a aussi vu l'émergence du coupé-décalé avec son roi, DJ Arafat, qui a fait ses premiers pas au Shangaï. 

Preuve de l’importance du lieu, le président Laurent Gbagbo en personne y a passé une soirée en 2008, au Queen’s, la discothèque de la star du foot Didier Drogba.

La fin d'une rue, la fin d'un mythe 

La médaille a son revers : le vacarme et la prostitution. En 2011, la rue Princesse est rasée au nom de la salubrité, quelques mois après l’arrivée au pouvoir d’Alassane Ouattara.

Le mythe tombe, mais son esprit demeure. Il a même infusé dans tout le quartier de Yopougon, selon Léo Montaz, ethnologue spécialiste de la musique ivoirienne : « Je ne pense pas qu’il y ait des lieux qui aient la même image que la rue Princesse, qui soient aussi importants dans l'imaginaire ivoirien d'aujourd’hui. Yopougon reste un quartier central des cultures musicales ivoiriennes et un haut lieu de la fête, notamment pour les classes moyennes et les classes populaires qui n’ont pas les moyens d’aller dans les boîtes branchées de Cocody ». 

Yopougon reste habité par la rue Princesse. Aujourd’hui, le biama, la version survoltée du coupé-décalé, ressuscite les nuits de la commune la plus populaire d’Abidjan.

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