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Les actrices des luttes anticoloniales: en 1960 à Ibadan, «la femme africaine trace son avenir» [5/10]

Published 2 weeks, 4 days ago
Description

Suite de la série qu'RFI consacre aux actrices oubliées de la décolonisation sur le continent africain. Dans l'ombre des grands leaders masculins, des femmes se sont organisées pour penser la décolonisation au féminin. Il y a 66 ans, en août 1960, à Ibadan, au Nigeria, 55 déléguées de huit pays se réunissaient pour un congrès intitulé « La femme africaine trace son avenir ». S'il ne reste que peu d’archives des 12 jours de débats qui l'animèrent, l'événement est resté comme un moment fondateur de la pensée féministe panafricaine.

Avec notre correspondante à Lagos,

Elles étaient ghanéennes, maliennes, sénégalaises ou guinéennes issues de tous les milieux socio-professionnels. Parmi elles, des femmes de ménage, des commerçantes, des politiques ou des sages-femmes qui se sont réunies dans le but de réfléchir communément à leur place dans leur pays nouvellement indépendant, mais aussi à leur place sur le continent. 

L’historienne Sara Panata s’est penchée sur les rares traces qui subsistent de la conférence d'Ibadan et explique quelles étaient les problématiques évoquées alors par les femmes : « On parlait de questions qui n'étaient pas liées à la politique formelle avec des sujets sur la place des femmes dans la famille, les droits reproductifs, le rôle social des femmes dans les nations indépendantes. Les déléguées se demandaient aussi comment créer des ponts entre femmes d’Afrique de l’Ouest, comment continuer le dialogue, et comment se penser en tant qu’Africaine et sortir des spécificités nationales portées par la colonisation ».

Les débats portaient sur la conciliation d’une vie moderne tout en préservant la société traditionnelle africaine et sur la façon dont la liberté de travailler ou d’entreprendre pouvait améliorer le statut de citoyenne.

Les femmes africaines, « pierres angulaires » des nations indépendantes

Au Nigeria, depuis les années 1940, ces luttes passent souvent par des associations féminines fondées sur des critères religieux ou économiques. C’est l’une d’entre elles, la Women’s Improvement Society of Nigeria, qui fut à l’initiative de la conférence d’Ibadan.

Sa présidente de l’époque, Felicia Adetowun Ogunsheye, aujourd’hui âgée de 99 ans, se remémore ces combats : « Avant l'indépendance, nous n'étions pas traitées de manière égale, nous étions toujours reléguées au second plan, nous n'étions pas aux avant-postes... Notre préoccupation, c'était l'égalité salariale pour un travail égal. À cette époque, pour faire le même travail, j'étais payée le tiers de moins qu'un homme. Nous avons combattu cela et nous avons gagné ».

Les femmes se considéraient alors prêtes à assumer de nouveaux rôles au-delà de leurs foyers, comme l’expliquait dans son discours au congrès une représentante de l'Union des femmes togolaises : « Maintenant que l’indépendance est acquise, les Africaines devraient faire face à de nouvelles tâches pour l’édification de la nation. Le rang de la femme est, dans leur société, la pierre angulaire. L’avancement se basera sur le progrès que fera la femme ».

Toutefois l'unité féminine panafricaine née à Ibadan n'a pas survécu aux indépendances. Les logiques nationales ont vite pris le pas sur les discours unitaires. Même si des alliances féminines subsistent, fondées cette fois sur des affinités politiques.

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