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Back to EpisodesLes actrices des luttes anticoloniales: Andrée Blouin, influente conseillère et mobilisatrice de réseaux féminins [4/10]
Description
La suite de notre série sur les actrices oubliées de la décolonisation. Nous nous penchons aujourd'hui sur le parcours d'Andrée Blouin, enfant métisse née en Centrafrique, qui a fait ses premiers pas en politique en Guinée et est devenue une influente conseillère de Patrice Lumumba au moment de l'indépendance du Congo. Le récit de Laurent Correau.
Enfant métisse enlevée à sa mère, Andrée Blouin passe quatorze ans dans un orphelinat de Brazzaville, véritable prison pour « filles de sang mêlé », comme l’explique Subha Xavier, professeure en études françaises et africaines à l’université d’Emory, aux États-Unis : « Elle a vécu des années extrêmement difficiles au couvent. Elle les décrit comme des moments terribles d'oppression, d'aliénation, de malnutrition. On essayait de les assimiler à la culture française en les dénaturalisant de leurs origines africaines. »
Au début de l’âge adulte, la mort de son fils René, auquel on refuse la quinine parce qu’il est Noir, la politise définitivement et l’ancre dans la lutte contre le système colonial. Elle suit son mari en Guinée où elle s’engage dans les années 1950 aux côtés du PDG-RDA, le Parti démocratique de Guinée, conduit par Ahmed Sékou Touré. Elle contribue à y mobiliser les femmes, notamment dans la campagne du « non » au référendum de 1958…
Les explications de l'historienne Elisabeth Dikizeko : « Sékou Touré fut le catalyseur de son engagement politique. Et en Guinée, elle va adhérer au R.D.A. (Rassemblement démocratique africain), un parti anticolonialiste très important. Et là-bas, à Conakry, elle fera la rencontre de plusieurs grandes figures nationalistes camerounaises ou congolaises qui vont la pousser vers un engagement panafricaniste beaucoup plus important ».
Elle est appelée au Congo par les leaders nationalistes Pierre Mulele et Antoine Gizenga. Elle y organise une campagne de mobilisation populaire, structure des réseaux féminins, rédige des discours. Et comme en témoigne sa fille, Eve Blouin, elle devient cheffe du protocole du gouvernement de Patrice Lumumba après l’indépendance :
« Elle ouvrait son courrier, elle organisait les priorités des dossiers en cours, elle orchestrait les délégations étrangères et du corps diplomatique parce que c'était un véritable ballet. Mais elle avait fort à faire, car les forces adverses lui sabotaient le travail. Il y avait des dossiers qui disparaissaient, des clés qui disparaissaient. Elle arrivait, la porte de son bureau était grande ouverte. Même chose pour le bureau de Lumumba ».
Elle affronte alors la presse coloniale, les diplomates et les puissances occidentales, qui voient en elle une agent du communisme international. Elle est expulsée du Congo et doit connaître l’exil… Andrée Blouin meurt en 1986, après avoir incarné l’une des voix féminines puissantes des décolonisations africaines.