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Back to EpisodesCiel ! Histoires d’envol : Âmes, anges et démons. S’envoler, histoire d’un rêve médiéval
Description
Rediffusion de l'épisode du 2024-03-11
S’envoler et, à tire-d’aile, atteindre le ciel, est-ce vraiment un rêve médiéval ? Que les oiseaux volent, cela c’est à peu près sûr, mais qu’en est-il des anges et des démons, des saints et des saintes ? Vol, ascension, élévation, les simples mortels ont-ils imaginé des machines pour s’envoler dans les airs, à l’instar de Dédale et de son fils, Icare, dans la mythologie grecque ? Cette référence, il serait dommage de l’éviter.
Comment le vol humain était-il pensé au Moyen Âge ?
Le vol aérien n’est que ponctuellement présent dans l’imaginaire médiéval. Pourtant, ce relatif silence est traversé d’exceptions notables, qui témoignent de la place unique de ce sujet dans le contexte scientifique et culturel du Moyen Âge. Aux confins du possible et de l’impossible, du phénomène observable et de l’inconcevable, le vol représente un défi technique, scientifique et théologique de taille. Dans un contexte épistémologique toujours dominé par les théories aristotéliciennes, la possibilité du vol interroge tout le savoir connu sur la science des poids ou de la polarité. L’historien Nicolas Weill-Parot choisit de parler d’utopie scientifique, un anachronisme assumé, pour évoquer une projection imaginaire étonnante, qui convoque l’émerveillement ou l’effroi, et représente un effort de rationalisation. "Je pense que c'est un terme important, parce qu'il dit quelque chose d'un programme", explique l'historien. "J'aurais pu parler de merveilleux scientifique, par exemple, mais c'est insuffisant, car ce n'est pas une simple curiosité." Le vol s’inscrit ainsi aux confins de l’imagination, sans sembler tout à fait hors de portée. En effet, les oiseaux, les chauves-souris, les insectes offrent quotidiennement la preuve de la possibilité du vol et rendent concevable l’idée d’un vol humain.
Des tentatives techniques peu fructueuses
Cette possibilité est interrogée dans certains récits religieux ou mythologiques. De la légende d’Alexandre le Grand soulevé dans les airs par des griffons au récit de Sainte Hildegonde portée par des anges, le vol humain est souvent un vol porté, permis par l’action d’animaux fantastiques ou d’anges. Ces récits inspirent à certains savants, comme Roger Bacon, Albert de Saxe ou Nicole Oresme, des projets de machines volantes et des théories sur la possibilité physique du vol. Selon Nicolas Weill-Parot, Roger Bacon a "une conception progressive de la science, fondée – et c'est très important chez lui pour comprendre pourquoi on trouve l'idée d'une machine à voler – que l'ars, la technique, peut dépasser la nature. C'est l'un des très rares auteurs, peut-être le seul, au Moyen Âge, à (le) dire."
Un homme, pourtant, tente de passer de la théorie à la pratique. Au début du 11e siècle, le moine bénédictin Eilmer de Malmesbury, inspiré par la légende de Dédale et d’Icare, se jette du sommet d'une tour de l'abbaye, muni d’ailes artificielles emplumées fixées à ses mains et à ses pieds. Il parvient à planer sur environ deux cents mètres, avant de s’écraser au sol, ce qui lui vaut de rester infirme pour le restant de ses jours. Au-delà de cette tentative infructueuse, comme écrire l’histoire du vol aérien au Moyen Âge, c'est-à-dire de ce qui n’a pas eu lieu ?
Pour en savoir plus
Nicolas Weill-Parot est historien, directeur d’études à l’EPHE à la Section des Sciences historiques et philologiques, titulaire de la chaire "Histoire des sciences dans l'Occident médiéval".
Publications :
- Le Vol dans les airs au Moyen Âge : Essai sur une utopie scientifique, Les Belles Lettres, 2020
- Le Vrai Visage du Moyen Âge, co-dirigé avec Véronique Sales, Vendémiaire, 2017
- Points aveugles de la nature : la rationalité scientifique médiévale face à l’occulte, l’attraction magnétique et l’horreur du vide (XIIIe-mil