Episode Details
Back to EpisodesHistoires oubliées du Moyen Âge : Mérovingiens, la recette du succès
Description
Rediffusion de l'épisode du 2023-10-11
Prenez vos manuels ! Dans L’Histoire de France pour le cours élémentaire, Ernest Lavisse consacre le deuxième chapitre de son manuel aux Francs en Gaule, avec une présentation très claire : "Les Romains restèrent maîtres de la Gaule pendant quatre cents ans. Ensuite, ils furent attaqués par des peuples venus d’Allemagne. L’un de ces peuples, les Francs, s’établit dans le nord de la Gaule. Les Francs étaient commandés par un roi. Ils le choisissaient dans une famille appelée mérovingienne, parce qu’un roi célèbre de cette famille s’appelait 'Mérovée'." Dès lors, les écoliers peuvent écouter la leçon et se préparer pour l’interrogation… avec le vase de Soissons, des rois fainéants et une culotte à l’envers.
Diviser pour mieux régner
Les Mérovingiens sont des Francs, qui, au fil des conquêtes et des alliances, parviennent à fonder une véritable dynastie, qui se maintient au pouvoir pendant trois siècles, du Ve au VIIIe siècle. Celle-ci se distingue par sa longévité, mais aussi par son extension géographique exceptionnelle, à tel point que l'historien Bruno Dumézil parle à présent d'un "empire mérovingien". "Le mode de fonctionnement de la dynastie mérovingienne est impérial. Le monde franc se construit comme un petit empire romain. Au centre une construction étatique et en périphérie des conquêtes et annexions. (…) On frappe des monnaies d’or comme dans l’empire romain", souligne Bruno Dumézil.
Les historiens s’interrogent sur les conditions qui permettent d’expliquer une telle pérennité, alors que les successions au moment de la mort des rois sont généralement réglées par des partages, qui pourraient sembler morceler le territoire, et multiplier les figures d’autorité royale. En réalité, selon Bruno Dumézil, ce mode de succession qui relève souvent du bricolage, et est de fait un équilibre précaire, n’est pas inefficace ni néfaste pour la pérennité du royaume. Les sous-royaumes créés par les partages ne deviennent pas des royaumes indépendants, mais restent dans le giron du royaume principal, et les rois mérovingiens savent réunifier quand cela s’avère nécessaire. "Il y a un royaume central qui est celui de Clovis et à l’intérieur plusieurs rois. Il y a trois ou quatre sous-royaumes qui sont donnés aux descendants de Clovis. Les différents membres de la dynastie espèrent toujours avoir quelque chose. La force des Mérovingiens est d’avoir su diviser intelligemment", explique l’historien.
Un système politique souple
Les Mérovingiens disposent ainsi d’un système politique souple, composé d’une multiplicité d’acteurs et particulièrement adaptable face aux crises. Le dialogue permanent entre les souverains et leurs élites, composées à la fois des autorités religieuses et des grands du royaume, permet d’instituer des rapports équilibrés, qui protègent la dynastie en favorisant les accords et les compromis. Ni les rois, ni les élites n’ont en effet intérêt à contester un système dont ils profitent.
Il existe néanmoins un certain nombre de conflits et de guerres fratricides, illustrées notamment par les figures devenues légendaires des reines Frédégonde et Brunehaut, qui s’affrontent jusqu'à la mort dans leur conquête du pouvoir. De telles personnalités, dépeintes par l’historiographie comme assoiffées de sang et de luxure, ont contribué à créer une légende noire autour des Mérovingiens, encore accentuée par le manque de documentation sur la période.
Les sources sont en effet lacunaires, car l’essentiel des écrits contemporains étaient conservés sur papyrus égyptien, une matière qui se conserve très mal. Les historiens sont donc tributaires d’une documentation qui favorise un biais des sources, et qu’il faut manier avec précaution et savoir mettre en perspective. La principale source est ainsi Grégoire de Tours, évêque de Tours au VIe siècle, et ses chroniques (Histoire des Franc