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Back to EpisodesFranco, histoire d'un dictateur : Une dictature qui dure, dans la fabrique de l'État franquiste
Description
Rediffusion de l'épisode du 2025-11-19
En avril 1939, la victoire du franquisme marque une nouvelle étape pour l’Espagne. L’État franquiste est totalement à construire. Le Nouvel État espagnol veut rétablir l’ordre souverain, faire fi du chaos des années de guerre civile et éliminer toute forme de contagion communiste. "Le numéro deux du franquisme, Luis Carrero Blanco, formule cette expression : ordre, discipline et endurance (dans une traduction approximative de aguantar). Ce sont les lignes directrices du régime franquiste", précise l'historien Jérémy Léger.
L’État franquiste est conçu comme un régime à parti unique : le Movimiento nacional, dit Mouvement national, héritier de la Phalange espagnole. Régime sans constitution, l’État franquiste rejette la culture libérale et démocratique. Si les Cortes franquistes incarnent l’institution parlementaire, son système de désignation n’a rien de démocratique. Le régime développe un système de lois fondamentales. En 1947, une loi de succession est votée. L’Espagne redevient un royaume, dont Franco est le régent à vie, avec la prérogative de nommer son successeur. À côté du parti unique, l’Église et l’armée sont les deux autres piliers de l’État franquiste.
Franco crée sa propre noblesse de pouvoir. À la suite de Ramón Serrano Suñer, beau-frère de Franco, Luis Carrero Blanco devient le bras droit du régime. Les élites étatiques sont des hommes de l’aristocratie ou de la haute bourgeoisie. "C'est une façon de fragmenter les revendications monarchiques. Par exemple, [si] un général met la pression pour la restauration, Franco lui offre un titre de noblesse", souligne l'historien Nicolás Sesma, auteur de Ni una, ni grande, ni libre. La dictadura franquista, 1939-1977 (Crítica, 2024). Les femmes, elles, sont absentes de l’activité politique.
Autarcie et isolement international
Dans les années 1940-1950, l’économie espagnole est marquée par l’autarcie. L’État franquiste suit les modèles fascistes italiens et allemands : il s'agit de développer l’industrie sans ouverture et échange avec l’extérieur. De fait, les famines et disettes sont courantes dans de nombreuses régions espagnoles. Bien qu'idéologique, cette politique économique est aussi la conséquence d’une situation difficile sur la scène internationale. Depuis la résolution onusienne de 1946, l’Espagne est isolée sur le plan international. De fait, l’objectif des diplomates espagnols est d’obtenir un assentiment international afin de légitimer l’existence du régime franquiste et sa pérennité. Les diplomates de Franco sont envoyés aux quatre coins du monde, notamment en Amérique latine et dans le monde arabe, pour entamer des négociations et favoriser la réinsertion du régime. "[Le régime franquiste], après une première phase fasciste, [..] se grime d'un nouvel apparat et écarte les oripeaux fascistes pour davantage développer le national catholicisme, une version bon teint qui [lui] permet de s'adapter au contexte international", observe Jérémy Léger, auteur d'une thèse sur le personnel diplomatique franquiste.
En novembre 1950, une résolution de l'ONU révoque la condamnation du régime franquiste. L’Espagne redevient un pays fréquentable. Le 14 décembre 1955, l’Espagne franquiste entre finalement aux Nations unies, en même temps que le Portugal de Salazar.
Revitaliser l’État, s’ouvrir au tourisme
À partir des années 1960, le personnel politique de l’État franquiste se renouvelle. Une nouvelle génération, qui n’a pas connu la guerre civile, arrive au pouvoir. Les technocrates, à commencer par Laureano López Rodó, sont façonnés par les centres de formation du régime. Ils promeuvent un nouveau discours pour légitimer et assurer la survie du franquisme : la libéralisation de l’économie. La période du desarrollismo, c’est-à-dire du développementalisme, transforme la vie de la population espagnole. L'hist