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Franco, histoire d'un dictateur : Mettre l'Espagne au pas. Le franquisme, une machine à broyer

Franco, histoire d'un dictateur : Mettre l'Espagne au pas. Le franquisme, une machine à broyer

Published 2 months, 2 weeks ago
Description

Rediffusion de l'épisode du 2025-11-18

Au moment de construire une Espagne nouvelle, purgée des Rouges, des syndicalistes, des communistes, des intellectuels et plus globalement de celles et ceux qui ne plaisent pas au régime, beaucoup se trouvent dans la ligne de mire de Franco. Dès la guerre civile espagnole et pendant la longue dictature, enfants, vieillards, hommes et femmes, à l'usine et dans les champs, sont broyés par le franquisme.

Un processus génocidaire

Avant même que le coup d'État de juillet 1936 ne marque le début de la guerre civile contre la Seconde République (1931-1939), les franquistes rêvent de régénérer l’Espagne par le concours d’une politique de répression radicale. Dans leurs mots, les anarchistes, les socialistes, les communistes, les féministes et les républicains constituent une menace imminente pour la moralité de l’Espagne. Le pays doit être expurgé de ses tares morales et soigner les âmes impures pour conquérir sa rédemption. La vision du régime franquiste se construit en opposition à celle de la Seconde République, plus progressiste, qui avait accordé le droit de vote aux femmes et instauré le divorce, le mariage civil et la séparation de l’Église et de l’État. L’historien François Godicheau, spécialiste de la guerre civile espagnole, résume : "Le libéralisme est l'ennemi du franquisme. Toute doctrine ou vie politique fondée sur les droits de l'homme est désignée comme l'ennemi. À ce titre, les franquistes déploient, dès le départ de la guerre, une politique d'extermination de l'ennemi collectif, ce peuple républicain qui a commencé à s'épanouir dans un espace de liberté ouvert au début de la République en 1931."

Si, dans les premiers mois de la guerre, les combattants représentent la majorité des pertes, la population civile fait aussi les frais d’une répression latente, rythmée par la surveillance des groupes paramilitaires, les dénonciations, les emprisonnements, les camps de concentration et les exécutions sommaires.

D’une terreur chaude à une terreur institutionnelle

Les lois du 9 février 1939 et de 1940 sur les opposants politiques resserrent davantage l’étau franquiste autour du corps social. De nombreux militants antifranquistes partent se réfugier dans les campagnes et les montagnes. Le régime les surnomme los "huidos" (les "fuyards"). Ils peuvent intégrer des groupes de guérilleros, qui combattent dans les maquis. Leurs parents et leurs voisins tissent autour d’eux des réseaux de contestations minimes mais décisives, dans lesquels de nombreuses femmes se mobilisent.

En ville, dans l’ombre des jeunesses franquistes, des instituts de redressement pour enfants et jeunes marginalisés (les reformatorios) sont chargés d’inculquer les valeurs morales traditionnelles prônées par l’Église catholique. L’historienne Amélie Nuq, autrice de l’ouvrage Péchés de jeunesse. Déviance, marginalité et rééducation dans l’Espagne franquiste (Presses universitaires de Rennes, 2024), explique en quoi, tout comme les prisons, les reformatorios exercent une surveillance globale sur l’ensemble de la société espagnole par la pression exercée sur un seul membre de la famille. Ces institutions de redressement "rééduquent [les jeunes pensionnaires] et les protègent de leur milieu familial, mais irriguent au-delà de leurs murs pour convertir l'ensemble de la société espagnole et des milieux populaires. [...] Le personnel religieux passe par les jeunes pour qu’ils soient des agents de recatholicisation de leur famille." La famine qui sévit à partir de 1939 à travers toute l’Espagne devient elle aussi un instrument de sape politique.

Négocier des faveurs, revendiquer ses droits

Les conditions de vie quotidiennes demeurent difficiles malgré la libéralisation du pays dans les années 1960 et le développement du tourisme. L'ouverture économique contrainte par le plan de stabilisation de 1959

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