Episode Details
Back to EpisodesEt si… des histoires parallèles : Passés recomposés. Avec des "si", on met l’histoire en bouteille
Description
Rediffusion de l'épisode du 2023-05-03
Deux petites lettres aux conséquences extraordinaires : "si". Et si Napoléon n'avait pas perdu à Waterloo ? Et si Hitler n'avait pas existé ? "Et si", suivi de l'imparfait le plus souvent, mais parfois surgit la faute de grammaire, comme par exemple dans La Guerre des boutons de Louis Pergaud en 1912 avec le P'tit Gibus qui répète : "Si j'aurais su, j'aurais pas venu", mais changer un détail du passé peut-il changer l'histoire ?
Quand imagination et histoire font bon ménage
Dès Tite-Live ou Thucydide, les historiens font de la pensée contrefactuelle un outil à part entière de leur travail de recherche. En imaginant qu’un événement, une rencontre, une victoire ou une défaite n’a pas eu lieu, ils réfléchissent à un autre déroulement possible et mettent ainsi en lumière de nouvelles manières d'envisager le temps présent. Cette utilisation méthodique de la pensée contrefactuelle est remise au goût du jour par les Lumières puis, au XIXe siècle, par les intellectuels anglo-saxons, alors même que l’uchronie s’impose comme un genre littéraire.
L'historien Pierre Singaravélou invite à reconsidérer l'histoire contrefactuelle : "En fait, c'est un raisonnement ordinaire qui est très banal, auquel nous recourons tous quotidiennement en se demandant 'et si tel ou tel événement n'avait pas eu lieu, qu'est ce que cela aurait changé à notre propre histoire ?'. Notre histoire personnelle, mais aussi la grande histoire ! C'est une manière très simple d'apprécier un événement et d'essayer d'évaluer son impact, d'évaluer aussi la pertinence de ses propres choix. Ce raisonnement contrefactuel est aussi à l'origine de nombreux sentiments comme le regret, la nostalgie, mais aussi, au contraire, la satisfaction. Donc c'est un raisonnement qui est largement partagé par les êtres humains."
L'histoire contrefactuelle, source d'inspiration
Dès lors, le développement de l’histoire contrefactuelle s’opère en parallèle de celui de la littérature de science-fiction. L'histoire qui n’advint pas devient un matériau privilégié aussi bien pour le savant que pour l’écrivain. Cet élargissement du champ des possibles permet de remettre en perspective ce que l’histoire impose comme une vérité inaltérable. Et si les armées omeyyades avaient vaincu les Francs lors de la bataille de Poitiers ? Et si la Révolution française n’avait pas eu lieu ? Et si les forces de l’Axe avaient triomphé lors de la Seconde Guerre mondiale ? Le rejet du déterminisme pousse les historiens et les historiennes à modifier leurs points de vue, à interroger différemment les motivations des acteurs en présence et à réévaluer la force du hasard et de la contingence dans la marche de l’histoire. De Tite-Live à Edward Gibbon, retour sur la longue histoire d’une méthode de recherche ludique et féconde autant que controversée.
🎧 Pour en savoir plus, écoutez l'émission…
Le Pourquoi du comment : histoire
Toutes les chroniques de Gérard Noiriel sont à écouter ici.
Pour en parler
Pierre Singaravélou est historien, professeur d’histoire contemporaine au King’s College de Londres et à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, spécialiste des empires coloniaux et de la mondialisation. Il a notamment publié :
- Décolonisations (avec Karim Miské et Marc Bal, Seuil, 2020)
- Tianjin Cosmopolis. Une histoire de la mondialisation en 1900 (Seuil, 2017)
- L’Histoire du monde au XIXe siècle (co-dirigé avec Sylvain Venayre, Fayard, 2017)
- Pour une histoire des possibles. Analyses contrefactuelles et futurs non advenus (avec Quentin Deluermoz, Seuil, 2016)
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