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Back to EpisodesEnluminures, BD, mangas, quand le dessin raconte : Bande dessinée, case départ ! Aux prémices du récit illustré
Description
Rediffusion de l'épisode du 2024-05-15
Aux prémices du récit illustré se retrouve une sacrée ribambelle d’héroïnes et de héros patrimoniaux. Voici que s’avancent devant nous : le sapeur Camember, Bécassine, toute la famille Fenouillard, et bien sûr Croquignol, Filochard et Ribouldingue, les Pieds nickelés. Bande dessinée, case départ, avec tellement d’humour et d’inventivité.
Rodolphe Töpffer et les débuts de la bande dessinée
Rodolphe Töpffer (1799-1846) est un écrivain et pédagogue de Genève. Professeur de lettres classiques, puis directeur d’un pensionnat de garçons, il compose d’abord pour ses pensionnaires des petites histoires illustrées, et notamment des récits d’excursions, qui connaissent un grand succès parmi les étudiants. Les créations de Töpffer connaissent alors une plus large diffusion, et arrivent jusqu’à Goethe, qui apprécie beaucoup l’humour töpfferien.
L'historien et théoricien de la bande dessinée Thierry Groensteen détaille la technique inédite utilisée par l'auteur genevois. Après l'élaboration d'une première version sur des petits cahiers au format oblong, il met au propre sur un support particulier : "(Töpffer) est allé chercher une technique qu'aucun artiste n'utilisait à cette époque et qui servait pour des factures d'épicier, de blanchisserie ou des tracts politiques : l'autographie. Elle consiste à dessiner sur un papier de report." Cette technique permet à Töpffer de dessiner et d'écrire à l'endroit. Il utilise la même plume pour le texte et les images. "Ensuite, grâce au papier autographique, le dessin se détache de son support pour pouvoir être reporté à l'envers sur une pierre lithographique. À partir de là, on retrouve le processus traditionnel de la lithographie." Si l'autographie offre une praticité pour l'artiste, elle présente des inconvénients pour les historiennes et historiens, puisque les originaux se détruisent au cours du processus. "Il ne subsiste des livres de Töpffer que les brouillons, pas le manuscrit définitif", déplore Thierry Groensteen.
Rodolphe Töpffer, premier théoricien de la bande dessinée
Premier créateur de bandes dessinées, avec des titres comme Histoire de monsieur Jabot (1833, dessinée en 1831), Histoire de monsieur Crépin (1837, dessinée en 1827), ou encore Les Amours de monsieur Vieux Bois (1837, dessinée vers 1827), Töpffer est également le premier théoricien de la bande dessinée. Dans ses œuvres, il met en pratique le lien indissoluble entre dessin et texte, et propose une forme neuve, fondamentalement mixte, entre narration et illustration. Töpffer esquisse dans l’Essai de physiognomonie les linéaments d’un art poétique, et les premiers éléments d’une théorisation de la bande dessinée. Il s’intéresse à la physiognomonie – branche aujourd'hui obsolète de l’anthropologie, qui postule un lien entre la morphologie du visage et la personnalité – comme à un moyen de mieux dessiner les traits des personnages et de les rendre plus expressifs.
Du succès à la contrefaçon
Les bandes dessinées de Töpffer, qui ne portent pas encore ce nom, rencontrent un succès public important. Les manuscrits sont édités en albums à partir de 1833 par les éditions suisses Cherbuliez, et sont régulièrement réédités. Victimes de leur succès, les albums de Töpffer sont très vite contrefaits, notamment pour leur diffusion française. Dès 1839, les éditions parisiennes Aubert publient des copies maladroitement redessinées des histoires de Töpffer. À partir des années 1840, de nombreux auteurs, comme Cham, alias Amédée de Noé, Gustave Doré ou encore Nadar, publient des bandes dessinées influencées par Töpffer, qui imitent parfois franchement son style. D’autres encore sont influencés par le maître genevois, comme Christophe, alias Georges Colomb, précurseur de la bande dessinée en France à la Belle Époque, qui ne se contente pas d’imiter Töpffer, mais ne peut ren