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Enluminures, BD, mangas, quand le dessin raconte : Tapisseries et enluminures. Au Moyen Âge, y'a pas que le pape qui fait des bulles

Enluminures, BD, mangas, quand le dessin raconte : Tapisseries et enluminures. Au Moyen Âge, y'a pas que le pape qui fait des bulles

Published 1 week, 2 days ago
Description

Rediffusion de l'épisode du 2024-05-14

Tapisseries, broderies et enluminures : au Moyen Âge, y’a pas que le pape qui fait des bulles, au sens où une bulle pontificale est un décret solennel ou une lettre officielle produite par le pape, avec un sceau particulier. Avec ces bulles-là, nous sommes loin de celles de la bande dessinée. Pourtant, le Moyen Âge, dans les enluminures, nous offre les phylactères, sortes de banderoles dessinées, aux extrémités enroulées, avec les paroles prononcées par un personnage. Le Moyen Âge aurait-il inventé la bande dessinée ?

Au Moyen Âge, la "bande dessinée" est religieuse

L'historienne médiéviste Danièle Alexandre-Bidon, spécialiste de l'image dans les arts graphiques du Moyen Âge, fait remonter les prémices de la bande dessinée à la Rome antique et à la colonne Trajane, sur laquelle un récit linéaire s'étend de haut en bas : "(elle) a d'ailleurs inspiré les hommes du Moyen Âge, puisqu'au 11e siècle encore, on voit des évêques fondre des colonnes non pas sur la vie et les victoires de Trajan sur les Daces, mais sur la vie du Christ." En effet, le christianisme est une religion éminemment narrative et l’art médiéval repose sur l’illustration d’épisodes bibliques. On retrouve des séquences d’images qui racontent des histoires religieuses par succession de cases, à l'instar des illustrations qui ornent les portes en bronze des églises. Les grandes tapisseries et broderies, comme celle de Bayeux, suivent le principe du registre unique qui déroule une histoire à mesure qu’on le balaie du regard. Ces tapisseries présentent une succession de saynètes unies par la cohérence d’un récit général et légendées par des indications textuelles. Dans une société faiblement alphabétisée, utiliser l’image plutôt que le texte rend le récit accessible au plus grand nombre.

Cases et vignettes dans les manuscrits enluminés

Le récit par séquences d’images se développe essentiellement dans les arts de l'enluminure. Dès le 5e siècle, le format du codex, dont on tourne les pages, remplace le rouleau de papyrus. Cela rompt la lecture et introduit des scansions à la fois dans le texte et dans les illustrations. Par ailleurs, on peut laisser le livre ouvert sur une page plus facilement et donc prendre le temps d'étudier les images qui figurent dessus. C’est ce qui explique que les enluminures deviennent de plus en plus complexes, allant jusqu’à raconter des histoires en parallèle du texte qu’elles illustrent. À partir du 12e siècle, avec la Bible d’Étienne de Harding, les cases apparaissent sur les manuscrits enluminés : ces séries de vignettes reprennent les mêmes protagonistes d’une ligne à l’autre et créent une illusion de mouvement. Au même moment, les enlumineurs adoptent le format des phylactères pour représenter la parole des personnages dans les illustrations. Il s’agit d’une banderole de texte qui se déploie dans l’image et sur laquelle est notée un bref discours. Les enlumineurs redoublent d'ingéniosité pour sonoriser les images. Danièle Alexandre-Bidon donne l'exemple de certains phylactères où "les lettres sont inscrites à l'endroit pour le premier qui parle et à l'envers pour celui qui répond, pour qu'on comprenne quel est le sens du dialogue."

Le "Roman de Fauvel" et la critique politique

Les manuscrits enluminés coûtent extrêmement cher et visent à faire l’éducation religieuse d’un public noble et fortuné. Avec le Roman de Fauvel au début du 14e siècle, la narration par l’image est utilisée pour la première fois en dehors de la sphère religieuse pour illustrer un univers imaginaire. Cet album reprend une satire alors populaire qui fait de Philippe le Bel un âne débauché et corrompu plongeant le royaume dans le chaos. Le Roman de Fauvel abrège le texte original en l’accompagnant de 40 dessins très détaillés, qui suivent de près les péripéties de l’histoire : les images sont plus importantes pour la n

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