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Enluminures, BD, mangas, quand le dessin raconte : Bas-reliefs ou papyrus, en Mésopotamie ou en Égypte, la bande dessinée se profile

Enluminures, BD, mangas, quand le dessin raconte : Bas-reliefs ou papyrus, en Mésopotamie ou en Égypte, la bande dessinée se profile

Published 1 week, 3 days ago
Description

Rediffusion de l'épisode du 2024-05-13

Fuyons l’anachronisme et la recherche, parfois illusoire, des prémices d’objets culturels contemporains dans un univers historique très différent. La bande dessinée serait-elle née dans l’Antiquité ? Évidemment non, pas telle que nous la concevons aujourd’hui. Pourtant, le récit en images accompagné de textes est bien présent sur les bas-reliefs et les papyrus : en Mésopotamie et dans l’Égypte ancienne, la bande dessinée se profile !

Une forte intimité entre l'image et l'écrit

Les premières images signifiantes font leur apparition en Mésopotamie et en Égypte ancienne dès le 4ᵉ millénaire avant notre ère. "On est dans la zone qui a vu émerger le texte de l'image, contrairement au préjugé que nous avons du texte qui prédomine sur l'image. En réalité, le texte vient de l'image en Mésopotamie, mais s'en dissocie très vite", précise Ariane Thomas, directrice du département des Antiquités orientales au Musée du Louvre. Qu'il s’agisse de la civilisation de Nagada ou de celle d’Uruk, les images signifient désormais davantage que ce qu’elles montrent. En Égypte, cette charge symbolique de l’image se développe en même temps que s’étoffent les conventions picturales. De la grille de proportions à l’orientation des hiéroglyphes, rien n’est laissé au hasard. Ces différentes règles composent un genre pictural unique, qui se distingue encore par son usage de l’aspectivité : il s'agit de combiner plusieurs points de vue d’un même personnage, objet, ou lieu pour en rendre une représentation symbolique pensée comme une synthèse.

Représenter l'ordre des choses

L'aspectivité permet une identification immédiate des sujets et sert l’une des fonctions majeures de l’image égyptienne : sa dimension performative. L’image est pensée comme un rituel : représenter quelque chose, c’est le faire advenir. Le choix d’une image aspective permet donc de s’assurer que cette version réelle de la représentation sera fidèle en tous points au modèle de départ. "Dans l'esprit des Égyptiens, tout a été créé de manière idéale par le démiurge, le dieu créateur. Cet ordre des choses, auquel les Égyptiens ont donné le nom de Maât, est à la fois un concept et une divinité : (ce sont) les choses telles qu'elles doivent être, aussi bien dans l'ordre divin que sur Terre (...). Les images, avec les textes qui sont appairés, doivent représenter cette réalité idéale", commente Hélène Bouillon, directrice de la conservation, des expositions et des éditions au Louvre Lens.

Cette dimension performative prend tout son sens dans les rites funéraires. Les tombes s’ornent de représentations de nourriture, de parures, de richesses, de cruches de vin, mais aussi d’esclaves, dessinés pour s’assurer que le défunt aura tout ce qu’il lui faut lors de son arrivée dans l’au-delà. Cette image égyptienne, magique et très codifiée, est indissociable du texte qui l’accompagne. La légende et les lignes de dialogue s’invitent souvent dans l’image elle-même et l’écriture elle-même revêt une dimension iconique très forte. L’image sans texte n’existe pas, et inversement.

Texte et image dans l'art mésopotamien, un enrichissement mutuel

Si l’art mésopotamien, dans ses représentations du divin et du politique, mobilise le texte et l’image, ils restent distincts l’un de l’autre. L’image mésopotamienne est majoritairement représentée par la statuaire, plutôt que par la peinture ou les fresques. Ces statues et ces stèles comportent souvent des images et du texte, qui se complètent et s’enrichissent mutuellement pour proposer des récits complets. "Le texte et l'image ont une autonomie complémentaire", résume Ariane Thomas. La stèle des vautours, datée de -2450 avant notre ère, est l’un des exemples les plus anciens et les plus célèbres de cette mobilisation conjointe du texte et de la représentation picturale. Bien que fragmentaires, le texte et l’image se complètent pour

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