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Back to EpisodesPlouf ! Vivre avec l’eau : On se fait l’abysse ? Habiter sous les mers
Description
Habiter sous les mers, un fantasme séculaire qui mobilise tout un imaginaire. Un imaginaire constitué de scaphandres et de bathyscaphes, de maisons sous-marines et de cités englouties. Nous y croisons Jules Verne et le commandant Cousteau qui, s'ils s'étaient croisés, à coup sûr se seraient dit "Allez, on se fait l'abysse".
Vivre dans le bas-fonds
Le roman de Jules Verne, Vingt Mille Lieues sous les mers, paru en 1869, est un récit fondateur. Le succès de cette œuvre coïncide avec une accélération des progrès techniques dans le domaine de la plongée sous-marine et les premières tentatives industrielles d'habitats en forme de capsules.
À partir des années 1960, le rêve d'explorer et d'habiter les fonds marins prend forme. La course aux profondeurs est lancée. Les expériences, menées sur plusieurs mers du globe, donnent naissance à de véritables villages sous-marins, où l'on cherche à repousser les limites du corps humain.
Vers un nouvel esprit de conquête
Un parallèle peut être dressé entre les explorations sous-marines et la conquête spatiale : les océanautes répondent aux astronautes, les images se font écho, et les enjeux économiques et géopolitiques s'entremêlent. Industrie pétrolière, droit international, peur de la surpopulation : l'habitat sous-marin n'est pas qu'un fantasme, il devient une question d'intérêt économique et politique.
Dans les années 1960 est mis au point un scaphandre moderne, qui "a une certaine autonomie, on transporte son air avec soi, on respire à volonté, mais on continue à marcher principalement sur le front des mers" souligne Christophe Camus, enseignant à l’École nationale supérieure d'architecture de Bretagne. Plus tard est inventé "le scaphandre autonome de Cousteau. [Yves] Le Prieur invente aussi un système où on régule sa distribution d'air, mais ce n'est pas si naturel que ça. L'objet important est le détendeur. C'est un régulateur de distribution d'air mis au point par Cousteau. [...] On sort du scaphandre. L'idée, c'est plutôt d'être comme un nageur, d'être 'comme un poisson', dit Cousteau, avec un masque de plongée comme on en a quasiment encore aujourd'hui, avec des bouteilles d'air comprimé qu'on porte sur le dos et qu'on n'a plus besoin de manipuler, qui nous donnent de l'air. On se déplace dans les trois dimensions du bloc d'eau dans lequel on est."
Une prise de conscience environnementale
Jacques-Yves Cousteau est un explorateur autant qu'un cinéaste du 20ᵉ siècle. Sur le grand écran, il transforme ses expériences sous-marines en spectacle planétaire et fait naître l'idée qu’une vie normale est possible au fond de l'océan. Cousteau fait ainsi "toute sa vie la promotion, avec des nuances et des transformations au fur et à mesure du temps, de ce monde océanique", explique Jill Gasparina, critique d'art, chercheuse et enseignante et autrice de Cousteau (Les Pérégrines, 2023). "Dans les années 1950-1960, c'est une promotion qui n'est pas tellement inquiète. Il cherche à rendre compte de son émerveillement devant ce monde qu'il a lui-même découvert, qui l'a lui-même émerveillé. Progressivement cette promotion se charge d'inquiétude, à mesure que Cousteau réalise que ce monde océanique se transforme, que la biodiversité s'altère très rapidement et qu'il y a un danger sous ses yeux. À ce moment-là, la dimension promotionnelle se transforme assez nettement en combat, en lutte militante pour la protection de l'océan."
Dans les années 1970, Cousteau devient ainsi une figure de la protection de l'environnement. Il était cependant auparavant acteur d'une logique extractiviste. Certaines de ses expéditions furent financées par des compagnies pétrolières. De nombreux témoignages, de lui et de ses équipes, évoquent une prise de conscience progressive et douloureuse de la dégradation irrémédiable des espaces sous-marins.
Pour en savoir plus
Christophe