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Plouf ! Vivre avec l’eau : Venise à vau-l’eau, histoire d’une ville bien trempée

Plouf ! Vivre avec l’eau : Venise à vau-l’eau, histoire d’une ville bien trempée

Published 2 weeks, 2 days ago
Description

Marais, canaux, lagunes, mer Adriatique, mer Méditerranée : l'histoire de Venise s'écrit au fil de l'eau. Un univers liquide qui porte la puissance mais contre lequel il faut lutter. De l'acqua alta à la surpêche en passant par la question des déchets, Venise à l'aune de l'histoire environnementale.

Vivre sur l’eau, le quotidien vénitien

Venise s’organise autour de ses eaux. Au-delà des circulations pédestres par les ponts, les embarcations sont nombreuses. Un service public de traversée, le traghetto, se développe au 14ᵉ siècle.

Les bateliers ne sont pas seuls sur les eaux. Pour atteindre les 32 kilogrammes de poisson consommés par chaque Vénitien et Vénitienne tous les ans, l’économie de la pêche est primordiale. Depuis l’Antiquité, des bassins sont aménagés en zone d’élevage dans la lagune. Tel un travail agricole, la pêche lagunaire est rythmée par les heures et les saisons.

Certains pêchent à pied dans les marécages peu profonds. D’autres se constituent en équipage d’hommes et se rendent en mer, sur l’Adriatique, pour plusieurs jours, voire semaines. Ils reviennent avec d’importantes cargaisons de poissons pêchés au filet à destination du marché urbain.

Le poisson, aliment particulièrement consommé à Venise, connait plusieurs acceptions. Les Vénitiens et Vénitiennes "ont cette catégorie 'poisson', qui englobe les poissons, les crustacés, les coquillages, l'ensemble de ce qu'on peut manger qui vient de la lagune et de la mer" précise Solène Rivoal, maîtresse de conférences en histoire moderne à l’Institut national universitaire Champollion d’Albi. "Il y a toute une diversité de produits en [termes de] qualité. C'est-à-dire que vous pouvez, en 1760, acheter une sardine à quelques sous, et c'est moins cher parfois que le fromage, même les abats de viande coûtent plus cher. De l'autre côté du spectre, en 1760, vous pouvez aussi acheter de l'esturgeon qui coûte 52 sous la livre, cela équivaut au prix du café."

Venise les pieds dans l’eau

Venise est protégée par sa lagune. Néanmoins, quand les pluies se font violentes et que le vent du sud s’engouffre dans les rues étroites, l’Adriatique monte et inonde la ville, c’est l’acqua alta. Si l’eau monte, Venise coule, mais il est impossible d’empêcher l’arrivée de cette grande marée. Au son strident de la sirène, les boutiquiers doivent protéger leurs marchandises dans les étages supérieurs des bâtiments.

À l’inverse de la submersion, Venise craint également d’être ensablée. En été, les chaleurs assèchent les canaux et la ville se vide. Seules la boue, les algues et les déchets restent alors et se décomposent. Les fondations en bois s’assèchent et fragilisent celles des ponts et des maisons.

Une histoire environnementale vénitienne

À partir du 15ᵉ siècle, les phénomènes d’ensablement s’aggravent et ont un effet sur la santé. Les eaux noires, grises, aux déchets directement déversés dans les canaux, peuvent entraver les bonnes circulations des barques ou provoquer l’ensablement des canaux. Les déchets déversés sont divers. Près des marchés par exemple, sont déversés "les restes des poissons qui ne seront pas consommés par d'autres, parce que pendant très longtemps, au Moyen Âge c'est le cas, mais ça continue à l'époque moderne, on est dans des économies de recyclage", souligne Claire Judde de Larivière, professeure d’histoire médiévale à l’Université Toulouse-Jean Jaurès. "On est dans des économies où ce qui est déchet pour les uns est ressource pour les autres, ce qui est ordure pour les riches est potentiellement nourriture pour les plus pauvres. Une fois que tout ce cycle a eu lieu, les déchets ultimes sont bien souvent jetés dans les canaux, en particulier les marchandises pourries."

De nouvelles magistratures qui se préoccupent de l’hygiène de la ville apparaissent au 16ᵉ siècle. Des collectes sont organisées, des décharges sont empê

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