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Back to EpisodesPreuves d'humanité, sauvegarder le patrimoine : Après la Nubie
Description
Quand l’appel pour la sauvegarde des monuments de Nubie est lancé, en 1960, l’Afrique connaît un processus de décolonisation. Dès lors, de nouveaux pays entrent à l’UNESCO et la campagne de Nubie fait surgir d’autres questionnements.
Le temps des indépendances
En décembre 1960, l’écrivain et ethnologue Amadou Hampâté Bâ prend la parole à l’UNESCO en qualité de directeur de l'Institut scientifique du Mali à la commission "des programmes" de l'UNESCO. À l’instar de ce qui est mis en place pour sauver les monuments de Nubie, il appelle à la sauvegarde du patrimoine oral à travers une mobilisation internationale.
Formé comme sa génération et ses aînés à l'humanisme de Rousseau ou de Descartes, Amadou Hampâté Bâ explique être également passé par l'école des pères et des mères "et initiateurs du Verbe". Comme il le dit, "si l'on me demandait ce que vaut une tradition orale comme preuve historique, je répondrais : ce qu'ont valu les évangiles sacrés", longtemps restés à l'état de tradition orale avant d'être transcrits. "Il est inconcevable que nous soyons un peuple sans passé. Or notre histoire, quoiqu'orale, est un signe évident de notre continuité", ajoute-t-il, et cela malgré la colonisation, face à laquelle les chroniqueurs et leur mémoire ont pour la plupart fait office de résistants.
L’Afrique n’a pas besoin d’entrer dans l’histoire, puisqu’elle y a toujours été. Reste seulement à écouter ce que son passé doit nous dire, en écho avec le présent.
La question des restitutions
Face à la riche histoire de l’Afrique ancienne et de ses tradition orales, face à la sombre période de la colonisation et de ses héritages, se pose aujourd’hui la question des restitutions, d'autant que la notion même de patrimoine a évolué. Il ne s’agit plus seulement de s’intéresser aux grands monuments et au patrimoine immatériel, mais de réfléchir à ce que signifie le patrimoine en lui-même et à l’attention que nous lui accordons.
Dans sa leçon inaugurale au Collège de France, le 30 mars 2017, l’historienne Bénédicte Savoy s’interroge sur une statue de Champollion placée dans la cour d’honneur du Collège de France et signée Frédéric-Auguste Bartholdi, l’auteur de la Statue de la Liberté. Face à la représentation de ce Champollion appuyant son pied sur la tête d'un pharaon, elle a, dit-elle, été saisie d'une forme d'effroi. Quand on la regarde aujourd'hui, cette statue nous "rappelle à tout instant, à ciel ouvert, que la médaille brillante et dorée de la culture et du savoir a toujours ou presque, en Occident, un revers de violence symbolique et réelle".
Bénédicte Savoy nous invite de fait à prendre en compte le regard et la voix des dépossédés et à réfléchir à notre propre rapport au patrimoine, dans toute sa complexité et ses non-dits. Si les peuples les plus éduqués, cultivés, baignés de science ont été capables de barbarie et de destruction du patrimoine, c’est aussi par l'éducation, la science et la culture qu’il est possible de se prémunir contre cette barbarie.