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Enfants à protéger, histoires de secours et de violences : Enfants de la Guyane et de La Réunion, "mission protectrice" et violences coloniales

Enfants à protéger, histoires de secours et de violences : Enfants de la Guyane et de La Réunion, "mission protectrice" et violences coloniales

Published 1 month, 1 week ago
Description

Pour les enfants de la Guyane et de La Réunion, des mesures prises au nom de leur protection ont entraîné des violences. Qu’il s’agisse des homes indiens – des pensionnats en Guyane – ou des transplantations de mineurs réunionnais vers l'Hexagone, l'État entend protéger ses enfants.

Vivre dans un home indien en Guyane

Dans les années 1930, les populations autochtones présentes en Guyane, les populations amérindiennes et noires marronnes, sont fragilisées. Elles composent de petites communautés que les observateurs contemporains pensent vouées à disparaitre. Les religieux et religieuses catholiques présents dans la colonie sont en contact avec ces populations, qu'ils tentent d'évangéliser. Le bourg de Mana, au nord-ouest de la colonie, est le premier lieu en Guyane où des religieux hébergent des enfants amérindiens. Le curé de la paroisse, le père Du Maine, convainc des familles amérindiennes Kali’na de lui confier leurs enfants. Il les emmène loger chez des religieux catholiques, notamment les filles chez les sœurs de Saint-Joseph de Cluny à Mana.

Au milieu des années 1930, les sœurs de Saint-Joseph de Cluny logent ainsi dans leur maison de Mana une quinzaine de jeunes filles amérindiennes. Une source de 1941 atteste aussi le logement de jeunes garçons kali’na dans le presbytère du père à Mana. La loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État n’est alors pas valable en Guyane. L’État, par le biais du conseil général, rémunère donc le clergé catholique dans cette colonie qui, en 1946, devient un département français. "C'est à partir de la départementalisation et de l'arrivée d'un premier préfet en Guyane, Robert Vignon, que l'État décide de soutenir et de valider ce qui a déjà été mis en place depuis une quinzaine d'années par les religieux", souligne la journaliste Hélène Ferrarini, autrice d’Allons enfants de la Guyane. Éduquer, évangéliser, coloniser les Amérindiens dans la République (Anacharsis, 2023). En 1949, sur demande du père Le Lay, nouveau curé de Mana, puis des religieuses de Saint-Joseph de Cluny, la préfecture de Guyane valide un taux d’allocation journalière versée pour chaque enfant qu’ils logent.

Le terme de "home" apparaît dans les années 1950 dans les archives préfectorales. Il désigne un bâtiment, géré par des religieux, qui accueille des enfants amérindiens, officiellement pour qu'ils puissent aller à l'école située trop loin de leur village. Dans les années 1960 et 1970, le système de homes indiens est progressivement intégré à la charge de la direction de la Population puis de la DDASS (direction départementale de l’Action sanitaire et sociale), deux instances dont dépend l'aide sociale à l'enfance (ASE).

Être envoyé en France hexagonale depuis La Réunion

Dans les années 1940, La Réunion connait une hausse de la population. La colonie, qui devient département comme la Guyane en 1946, est très peuplée, voire trop au regard des observateurs contemporains. L'État décide d'encourager le départ de population de La Réunion d'abord vers Madagascar, puis vers la France hexagonale.

En 1947, 5 000 mineurs de La Réunion sont liés à l'aide sociale à l'enfance. Leur niveau de vie et leur scolarisation, particulièrement faibles, poussent le directeur de la Population de La Réunion à proposer d'intégrer une partie de ces enfants à la politique d'émigration vers l'Hexagone.

En 1963, les premiers mineurs qui dépendent de l'aide sociale à l'enfance partent en Hexagone avec le concours du BUMIDOM (Bureau pour le développement des migrations intéressant les départements d’outre-mer). Ce bureau "a pour objectif de faire venir de la main-d'œuvre française", explique l'historien Gilles Gauvin, ex-membre de la commission temporaire d'information et de recherche historique sur la question dite des "enfants de la Creuse". "On estime qu'il y a entre 65 000 et 70 000 Réunionnais qui sont partis dans l'Hexagone entre 1963 et 1981.

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