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Enfants à protéger, histoires de secours et de violences : Protection de l'enfance, une histoire entre charité et encadrement

Enfants à protéger, histoires de secours et de violences : Protection de l'enfance, une histoire entre charité et encadrement

Published 1 month, 1 week ago
Description

De la fondation de l’hospice des Enfants-Trouvés à Paris, par Vincent de Paul au 17ᵉ siècle, jusqu’au Service social de l’enfance en danger moral, créé en 1923 et devenu le Service social de l'enfance en 1930, "Le Cours de l'histoire" explore la longue histoire des institutions chargées de la protection de l'enfance.

De la protection de l'Église à celle de l'État

Au cours du 18ᵉ siècle, la protection des enfants abandonnés relève du ressort exclusif de l’Église. La seule initiative notable est l’hospice des Enfants-Trouvés, fondé en 1638, que la monarchie finance. Tandis que l’Église met en avant la charité, la monarchie aspire à maintenir l’ordre dans la capitale, troublée par la misère infantile. Longtemps, pour la société, c'est "d'abord et avant tout la famille, éventuellement élargie, qui doit s'occuper des enfants", explique l'historien Antoine Rivière, maître de conférences en sciences de l'éducation à l'Université Paris 8 et membre de l'Institut d'histoire du temps présent. "L'intervention des pouvoirs publics est subsidiaire. Quand il y a une carence de la part des parents, on peut éventuellement envisager une intervention extérieure." Pendant longtemps, l'Église assure ces œuvres charitables. "Pour des raisons d'ordre public, l'État royal considère qu'il doit soutenir cette action charitable de l'Église pour venir en aide aux enfants trouvés. Progressivement, l'intérêt des pouvoirs publics pour les enfants se porte à l'intérieur de la famille."

La période révolutionnaire est celle qui modifie la perception de la protection des enfants. Pour la première fois, les enfants deviennent des "biens nationaux". Ils sont considérés comme un élément essentiel de la richesse nationale et du salut à venir du pays. Pourtant, peu de mesures concrètes sont mises en œuvre. Il faut attendre le Premier Empire pour qu’un cadre juridique précis émerge.

En 1811, un décret impose à chaque département de posséder au moins un hospice capable d’accueillir les enfants abandonnés. Mis en œuvre en étroite collaboration avec l’Église, ce dispositif constitue le premier jalon d’une politique publique de protection de l’enfance. En 1849, l’Assistance publique de Paris est créée, avec, entre autres, la mission de recueillir les enfants abandonnés.

La protection de l'enfance comme devoir de l'État

Une nouvelle étape est franchie après 1871. Traumatisée par la défaite contre le royaume de Prusse, la France prend conscience de la perte de son statut de géant démographique du continent. La natalité et la lutte contre la mortalité infantile deviennent un enjeu de survie nationale.

Au début du 20ᵉ siècle, sous l’impulsion de nombreux membres du Parti radical, une série de lois sont votées afin d’assurer le bien-être des enfants. La logique de charité qui prévalait jusqu’ici évolue : la protection de l’enfance devient un devoir de l’État. Néanmoins, la Première Guerre mondiale interrompt cette dynamique. Après une série de polémiques, les acteurs et actrices de l’Assistance publique comprennent que l’institution et les enfants placés ne sont pas considérés.

Vers une institutionalisation de la protection de l'enfance

L’entre-deux-guerres est une période d’expérimentation sociale avec la création du Service social de l’enfance en danger moral en 1923. Pour la première fois, les assistantes sociales jouent un rôle prépondérant, en ce qu'elles portent avec "les pédagogues, davantage [qu'avec] les médecins ou les magistrats, le discours sur l'affection parentale et la question de ce qu'on appellerait aujourd'hui les 'violences psychologiques', de manière anachronique", souligne l'historienne Lola Zappi, autrice des Visages de l'État social, assistantes sociales et familles populaires durant l’entre-deux-guerres (Les Presses de Sciences Po, 2022). "Cette question de l'affection parentale devient un problème social, parce que les savo

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