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Back to EpisodesEnfants à protéger, histoires de secours et de violences : Inceste et viol d’enfants, des siècles de négation et de dénonciation
Description
Aborder le sujet de la pédocriminalité oblige à redéfinir ce qu'est l’enfant et ce qui est considéré, ou non, comme des violences sexuelles, depuis le Moyen Âge. C’est la longue et lente histoire d’un nouveau regard porté sur les enfants et sur les horreurs dont ils sont parfois les victimes.
Violences infantiles, qui sont les enfants ?
À la fin du Moyen Âge, aux 14ᵉ et 15ᵉ siècles, la maltraitance infantile se déroule en grande majorité à l’intérieur du foyer, à l’école ou en apprentissage. L’inceste est vu comme un des pires actes perpétrés par un adulte sur un enfant et est perçu à la fois comme un crime et un péché. Sont alors considérés comme enfants les filles jusqu’à l’âge de 12 ans et les garçons jusqu'à l'âge de 14 ans. L’historien Didier Lett, auteur de Viols d’enfants au Moyen Âge. Genre et pédocriminalité à Bologne, XIVᵉ-XVᵉ siècle (Presses universitaires de France, 2021) souligne que dans les perceptions au Moyen Âge, "il y a une différence entre le viol d'une petite fille et ce qu'on appelle le 'vice sodomite', c'est-à-dire le viol d'un petit garçon."
Les pédocriminels subissent la peine capitale : la décapitation pour les violeurs de filles et le bûcher pour les sodomites. "En général, les violeurs et notamment les violeurs sodomites sont condamnés par contumace. Ils fuient parce qu'ils savent très bien que c'est la peine de mort qui les attend", ajoute Didier Lett.
La pédocriminalité au 19ᵉ siècle
En 1791, les révolutionnaires sécularisent le droit et éliminent l’héritage du système catholique : l’inceste est dépénalisé et ce terme n'est plus présent dans la loi. L’attentat à la pudeur d’un enfant reste largement puni.
Face aux menaces ou aux actes incestueux, certaines jeunes filles se tournent vers la protection de l’Église. L’entrée au couvent n’est pas du goût de toutes les familles, qui peuvent alors chercher à dénoncer l’emprise du clergé sur leurs enfants. Quand une affaire fait du bruit, le juge est obligé de s’en emparer.
Écouter les victimes
La parole des jeunes victimes est fortement remise en question. Une fille doit prouver son absence de consentement. En cas d'inceste, le magistrat et l’Église se rangent du côté de la figure paternelle et accusent l’enfant de mensonge. Les jeunes garçons ont plus tendance à rester dans l’anonymat, car ils sont victimes du 'péché sodomite', acte abject aux yeux de la religion chrétienne catholique. L’historienne Inès Anrich, autrice de Filles en conflit. Consentement et vocations religieuses. France – Espagne, XIXᵉ siècle (CNRS Éditions, 2025), explique qu'"il y a une tendance à ne pas croire la parole des enfants dans les cas d'inceste, lorsque les agresseurs ne correspondent pas au stéréotype du père incestueux. [...] Dans l'imaginaire, le père qui agresse ses enfants est forcément quelqu'un qui appartient à la frange la plus précaire des classes populaires, avec une famille qui habite dans un logement très exigu où tout le monde dort dans la même pièce. On sait aujourd'hui que l'inceste est un phénomène transversal à toutes les classes sociales."
Pour en savoir plus
Inès Anrich est maîtresse de conférences en histoire contemporaine à l’Université Lyon 2. Elle est l’autrice de Filles en conflit. Consentement et vocations religieuses. France – Espagne, XIXᵉ siècle, CNRS Éditions, 2025.
Didier Lett est professeur émérite d'histoire médiévale à l'Université Paris Cité. Ses publications :
- Enfants au Moyen Âge, XIIᵉ-XVᵉ siècle, Tallandier, 2025.
- Crimes, genres et châtiments au Moyen Âge. Hommes et femmes face à la justice (XIIᵉ-XVe siècle), Armand Colin, 2024.
- Viols d’enfants au Moyen Âge. Genre et pédocriminalité à Bologne, XIVᵉ-XVe siècle, Presses universitaires de France, 2021.
Références sonores de l’émission :
- L'historien