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Back to EpisodesFou d'histoire : Ernest Pignon-Ernest, l’artiste, la rue et l’histoire
Description
Ernest Pignon-Ernest, l'artiste, la rue, l'histoire. Le temps et l'artiste ont cela de commun qu'ils laissent des traces.
Une enfance méditerranéenne
Ernest Pignon-Ernest est né à Nice en 1942, d'un père qui travaille aux abattoirs de la ville, et d'une mère coiffeuse. Sa famille vit dans le quartier ouvrier de Riquier, lieu de fabrication des chars du carnaval de Nice.
Si, enfant, Ernest Pignon-Ernest est élevé dans une culture sportive, il se distingue rapidement de ses camarades par ses qualités de dessinateur. En 1954, à 12 ans, il découvre l’œuvre de Picasso dans un numéro de Paris-Match. C'est une révélation : l'artiste peut aborder des sujets qui concernent directement les hommes et les femmes.
Ernest Pignon-Ernest travaille à partir de ses 14 ans dans un cabinet d'architecture. En 1961, il est appelé dans le cadre de la guerre d’Algérie et part en Kabylie. Il découvre les violences coloniales, ce qui engendre chez lui une prise de conscience politique. Malgré la guerre, il continue de dessiner. Sur une page d’un journal, il trace le taureau de Guernica, tableau que Picasso a peint en 1937. Avec cette reproduction d’un élément d’une toile de maître sur du papier journal, les modalités de ses œuvres à venir sont déjà présente, ainsi que leur fort lien à l’histoire.
1966, la première œuvre in situ
En 1966, Ernest Pignon-Ernest s'installe dans le Vaucluse pour peindre. À quelques kilomètres de son atelier aménagé dans un ancien café, naît le projet de la construction de la base aérienne 200 Apt-Saint-Christol. Le plateau d’Albion est destiné à accueillir des silos à missiles, des constructions souterraines qui contiennent des missiles prêts à être tirés en riposte à une menace nucléaire.
Scandalisé par l’implantation des missiles, qui évoque pour lui les bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki en 1945, Ernest Pignon-Ernest souhaite réagir par une création artistique. Seulement, le médium et le format de la peinture et de l’exposition lui semblent impuissants à exprimer l'importance de la menace qu'il perçoit sur le plateau d'Albion. Il décide alors d'investir les lieux eux-mêmes, porteurs de cette menace. Il veut marquer les rochers et les routes qui mènent au plateau de l'empreinte d'une victime soufflée par le bombardement d'Hiroshima. D'elle, il ne reste qu'une silhouette gravée sur un mur, qu'une photo prise après l'attaque a capturée. L'empreinte de cette personne, "je l'ai tracée avec le pinceau à pochoir et ça aboutissait à cette espèce de silhouette, grandeur nature", explique Ernest Pignon-Ernest. "Je ne savais pas que ça serait la base de mon travail à venir, inscrire l'image humaine dans des lieux, réinscrire l'histoire humaine dans les lieux. Finalement, mon travail se développait de cette façon. On dit que l'origine du dessin, c'est une ombre portée, la fille d'un potier qui a tracé son fiancé. Il se trouve qu'à l'origine de mon travail, il y a une ombre portée, pas par le soleil, mais par l'éclair nucléaire."
Depuis 1966, Ernest Pignon-Ernest n’a eu de cesse de coller dans des lieux divers, la plupart du temps sur des murs dans les rues des villes, des images qu’il a composées, et ce dans le monde entier. Le plus souvent, il produit un dessin, qu’il sérigraphie en noir et blanc, grandeur nature, sur du papier journal. Il colle ensuite ces images à même les murs, la nuit. Le papier, fin et fragile, colle au plus près de la pierre et ne permet qu'une œuvre éphémère.
L'histoire comme palette
L'histoire impose à Ernest Pignon-Ernest les thèmes de ses œuvres. Elles reflètent les évènements historiques auxquels il a été confronté. Invité en 2003 pour une exposition en Algérie, il décide de coller dans Alger l'image du militant communiste Maurice Audin. Exposer l'image de ce jeune homme arrêté et tué à la suite de la bataille d’Alger en 1957 est une manière d'interroger la complexité