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Back to EpisodesLes mondes de la porcelaine : Porcelaine de Limoges, la fabrique d’une image de marque
Description
C'est une histoire des techniques, une histoire esthétique, une histoire industrielle et une histoire ouvrière, mais aussi une histoire culturelle et sociale, avec la démocratisation de la porcelaine. Il est temps d'ouvrir le buffet, de prendre une assiette, pourquoi pas dans le grand service de mémé, celui du dimanche, de retourner l'assiette et de regarder ce qu'il est écrit dessous : "Limoges".
La naissance de la porcelaine de Limoges
De son apogée industrielle au tournant du 20ᵉ siècle à son déclin durant l'entre-deux-guerres, Limoges incarne à la fois l'histoire d'une industrie portée par l'initiative privée, et celle d'une population ouvrière façonnée par les mutations du travail. Comment Limoges est-elle devenue la capitale de la porcelaine ?
En 1765, Jean-Baptiste Darnet découvre du kaolin à l'endroit où sa femme fait sa lessive. Le gisement, situé à Saint-Yrieix-la-Perche en Haute-Vienne, est à l'origine d'une transformation profonde de toute une région. Sous l'impulsion de la monarchie, et notamment grâce au soutien de Turgot, alors ministre et intendant de la généralité de Limoges, des dizaines de carrières s'ouvrent dès 1769. En 1771, la première manufacture est créée. Elle devient manufacture royale à partir de 1773. Ce soutien royal s'inscrit dans la continuité du colbertisme.
Le Limousin est alors l'une des régions les plus pauvres de France. Son activité économique repose essentiellement sur le commerce du bois depuis le 11ᵉ siècle. Le flottage du bois, qui structure l'économie locale, est un atout de taille pour la porcelaine. Sa fabrication exige en effet une forte quantité de combustible pour faire tourner les fours.
Dans la manufacture de Limoges, il faut compter une vingtaine d'interventions sur le matériau pour produire une pièce de porcelaine, mais "plus on avance dans l'histoire et en sophistication, plus ces étapes s'émancipent et se multiplient", explique Thomas Hirat, directeur d'Espace Porcelaine à Limoges, gestionnaire du four des Casseaux et du four Haviland."Une porcelaine, quand on l'a dans les mains, il faut se transposer dans une carrière, avec des hommes et des femmes qui transportent dans des caissettes de bois sur la tête, avec des sabots de bois, des dizaines de kilos chaque jour. Cela est broyé par des meuniers, qui font aussi partie du processus de fabrication. Les sacs de pâte arrivent ensuite dans les marches à pâtes. Cela porte ce nom-là parce que pendant longtemps on les foulait au pied. (...) On passe ensuite au façonnage, avec le tour de potier encore très présent au début du 19ᵉ siècle. Il faut attendre l'ingénieur limougeaud Paul Faure en 1870 avec sa fameuse calibreuse à assiettes pour que ces étapes de façonnage prennent plus de régularité, de précision et d'industrialisation. Ensuite, l'étape de la cuisson : la première cuisson de déshydratation autour de 900 degrés, l'émaillage entre les deux cuissons, l'homme de feu qui ensuite maîtrise une cuisson de grand feu et ses paliers autour de 1 400 degrés. Si ça sort correctement du four, ça part à la décoration."
De l'atelier à l'usine
Le véritable essor industriel de Limoges débute en 1842, lorsque l'Etats-Unien David Haviland s'installe dans la ville et crée sa manufacture. Il a découvert à New York de la porcelaine blanche d'origine française, peu ou pas décorée, dans un contexte où la porcelaine anglaise connaît un grand succès aux États-Unis. Haviland se rend alors à Limoges et monte une usine pleinement intégrée, où fabrication et décoration ont lieu au même endroit. À partir de 1844, il fait venir des apprentis, des décorateurs et des artistes de Paris. La maison Haviland est emblématique car elle crée un mouvement d'accélération et de renforcement du secteur. Ses concurrents l'imitent, ce qui stimule la production et la compétitivité. L'industrialisation de la production porcelainière à Limoges est lancée.
La dimension artistique est indissoci