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Back to EpisodesRévolution culturelle, une histoire chinoise : Chine et Révolution culturelle, des mémoires sous contrôle
Description
Lancée en 1966 par Mao Zedong, la Révolution culturelle prend fin 10 ans plus tard, en 1976, à sa mort. Quel avenir imaginer pour la Chine ? Quels récits proposer ? Ils sont multiples pour raconter cette période sombre. Il y a les récits du pouvoir, ceux des gardes rouges, ceux des victimes. La Chine après Mao peut-elle se passer de Mao ? Que reste-t-il de la Révolution culturelle après Mao ?
Lever la voix contre Mao
Les premières contestations du discours maoïste apparaissent avant la fin du régime. D’anciens adorateurs de Mao commencent à remettre en cause son héritage, bien que cela reste néanmoins illégal. Le sinologue Michel Bonnin, directeur d’études à l’EHESS, explique qu’à l’arrestation de la bande des Quatre, "la population a été encouragée à la critiquer et à la caricaturer. Il y a eu des manifestations dans lesquelles on disait 'la bande des quatre', mais en disant ça, les jeunes montraient leurs cinq doigts. Le pouce, c'était Mao.”
Au lendemain de la Révolution culturelle, le Grand Timonier est crédité des mérites importants du régime et son histoire est orientée à des fins politiques. Il faut entériner la passation du pouvoir, sans renier la figure tutélaire, incarnée par Mao Zedong.
Les langues se délient progressivement avec le retour de Deng Xiaoping
Aucune discussion publique ou projet de guérison collective ne sont organisés. La population s’empare donc de l’histoire par la littérature. Certains publient des recueils, quand d’autres dépeignent la dureté et les traumatismes de cette période sur des dazibaos affichés sur le Mur de la démocratie, place Tiananmen à Pékin.
En 1981, Deng Xiaoping devient président de la Commission. La parole se libère progressivement pour laisser place à une volonté de tirer des leçons du passé. Une histoire alternative s’écrit, pour rendre justice aux victimes. La politologue Chloé Froissart, codirectrice de Penser en résistance dans la Chine d’aujourd’hui (Gallimard, 2025), souligne que "dans les années 1990, d’anciens gardes rouges veulent essayer de comprendre ce qu'ils avaient vécu et passent le concours d'entrée à l'université. [...] Ces chercheurs chinois s'appuient sur les histoires orales. Grâce à l'ouverture progressive des archives locales, ils parviennent à reconstituer une histoire plus ancrée dans le vécu." Le discours des chercheurs et chercheuses n’est néanmoins pas repris par l’État ou rendu disponible au grand public, et ne s’inscrit donc pas dans une mémoire collective de la Révolution culturelle.
Une histoire qui reste instrumentalisée par le Parti
En parallèle, les nouvelles générations étudient de manière éparse l’histoire de cette décennie meurtrière. Les premiers témoins restent évasifs et les mémoires populaires disparaissent progressivement. Le Parti continue d'instrumentaliser l’histoire de la Révolution culturelle pour justifier son régime totalitaire. En 2006, le 30ᵉ anniversaire de la mort de Mao n’a donné lieu à aucune analyse ou réflexion dans la presse. Michel Bonnin ajoute : "Pour moi, tant qu'il y aura le portrait de Mao sur la place Tiananmen, on ne sera pas sorti de la Révolution culturelle." En 2021, au centenaire du Parti, Xi Jinping, président de la République populaire depuis 2013, instrumentalise l’histoire de la Révolution culturelle pour justifier ce qu’est la Chine aujourd’hui. Le coût humain est invisibilisé et les mémoires alternatives s’effacent, cela justifié au nom d’une vision déterminée de l’histoire.
Pour en savoir plus
Michel Bonnin est sinologue, directeur d'études à l'EHESS. Ses publications :
- Génération perdue. Le mouvement d’envoi des jeunes instruits à la campagne en Chine, 1968-1980, Éditions de l’École des hautes études en sciences sociales, 2004.
- (dir. avec Jean-Philippe Béja et Alain Peyraube) Tremble