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Révolution culturelle, une histoire chinoise : Massacres et camps de travail, la Chine prise dans la Révolution culturelle

Révolution culturelle, une histoire chinoise : Massacres et camps de travail, la Chine prise dans la Révolution culturelle

Published 2 months ago
Description

La Chine n’a pas attendu 1966, quand est lancée la Révolution culturelle, pour surveiller et punir les personnes considérées comme ennemies, ou potentielles ennemies, de la révolution prolétarienne. En Chine, la technosurveillance en système totalitaire s’accompagne de dispositifs institutionnalisés de dénonciations et de protestations, avec l’administration des lettres et visites, sous l'égide du Grand Timonier Mao Zedong.

La hiérarchie par les étiquettes de classe

Depuis 1949 et la proclamation de la République populaire de Chine, le principe de la lutte des classes est appliqué en Chine avec un système d’étiquettes de classe. Selon l’étiquette attribuée, un individu, mais aussi sa famille, peut bénéficier de privilèges, ou au contraire être traité comme un paria. Il existe des étiquettes de classe noires, dont les porteurs, considérés comme des ennemis du peuple, sont discriminés et persécutés. Les personnes porteuses d'une étiquette de classe rouge sont favorisées par le Parti communiste chinois.

Parmi les victimes de ce système de classe figurent les propriétaires fonciers, les paysans riches, les contre-révolutionnaires, les "capitalistes", les “droitiers”, les intellectuels. Si l'acception de 'système de classes' peut être utilisée pour décrire cette hiérarchisation, "c'est en réalité un système de castes", souligne Jean-Philippe Béja, sinologue, politologue et auteur de Surveiller et punir en Chine (La Découverte, 2026). "Si vous êtes fils de contre-révolutionnaire, de propriétaire foncier, vous êtes traité comme un propriétaire foncier, vous travaillez sous 'surveillance des masses'. [Cela] à la campagne bien sûr, mais cela existe aussi en ville. Vous pouvez très bien être dans une usine, dans votre atelier et vous ne pouvez pas sortir, vous ne pouvez même pas rentrer chez vous : vous êtes sous la surveillance des masses. Cela veut dire que chaque fois qu'il y a un mouvement politique lancé par Mao, vous êtes au centre de la critique et vous êtes victime de séances de dénonciations. Cette origine de classe est un stigmate qui dure jusqu'à 1978, lorsque ces origines sont supprimées."

La surveillance par les danwei, le hukou et les comités de quartier

Le contrôle sur la société chinoise est total, et passe par plusieurs dispositifs, dont la plupart existent déjà avant la Révolution culturelle. Les danwei, unités de travail, existent dès 1949, et encadrent les ouvriers et ouvrières et les employés et employées. Le service du personnel tient des dossiers sur chaque travailleur et travailleuse, avec l’étiquette de classe, l’origine familiale, l’occupation professionnelle. Des avantages sociaux peuvent ou non être distribués en fonction des étiquettes de classe.

Le dispositif du hukou, ou livret d’enregistrement de la résidence, s’impose en Chine à partir de 1958. Il permet d’attacher les individus à leur lieu de naissance et de limiter leur liberté de mouvement. Les comités de quartier ou de voisinage jouent également un rôle important dans la surveillance, le contrôle et la répression de la population, et peuvent recueillir des dénonciations.

La terreur par les camps de travail, les "séances de lutte", les perquisitions et les massacres

L’un des rouages centraux du système répressif chinois est l’organisation concentrationnaire. Il existe deux types de camps, le laogai, camp de réforme par le travail, et le laojiao, camp de rééducation par le travail. Ils apparaissent respectivement en 1946 et en 1957. Ces camps reposent sur le travail forcé, conçu comme une supposée discipline morale qui doit permettre de réformer la pensée, mais aussi comme une aubaine de main-d’œuvre gratuite.

Le laogai est "une institution, un dispositif qui entre dans le cadre politico-légal des institutions chinoises", précise Isabelle Thireau, sociologue, directrice d'études à l'E

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