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Madame de Sévigné et les femmes du Grand Siècle : "Ma très chère fille", Sévigné en correspondance longue distance

Madame de Sévigné et les femmes du Grand Siècle : "Ma très chère fille", Sévigné en correspondance longue distance

Published 2 months, 1 week ago
Description

Madame de Sévigné entretient à partir de 1671 une correspondance longue distance avec sa fille la comtesse de Grignan. Mais quelle drôle d'idée a eu cette fille-là de quitter Paris et sa maman pour suivre son mari dans le sud de la France ? De cela naît une magnifique correspondance, fleuron de notre littérature, chef-d'œuvre épistolaire et document sublime pour saisir les relations de famille, les liens entre une mère et sa fille dans la haute aristocratie de la France du Grand Siècle.

Grandir dans une famille de l'aristocratie

Marie de Rabutin-Chantal n'a que peu connu ses parents. Orpheline à l'âge de sept ans, elle grandit, élevée et choyée, dans la famille de ses grands-parents et oncles maternels. Femme de l'aristocratie, elle évolue dans un milieu et à une époque où la famille se conçoit à la fois comme un ménage, l'ensemble des personnes qui vivent sous le même toit, et un lignage, l'ensemble des descendants d'une personne par filiation ou alliance, jusqu'à des degrés éloignés.

Si elle est très proche de certains membres de sa famille, comme ses cousins Roger de Bussy-Rabutin et Philippe-Emmanuel de Coulanges, ils ne vivent pas obligatoirement sous le même toit : la famille aristocratique est géographiquement dispersée. Les enjeux de succession, d’héritage, de propriété des terres, le mariage, l’armée, le couvent, la vie de la cour éloignent les membres de la famille.

Être mère dans le Grand Siècle

Madame de Sévigné devient mère en 1646, quand elle donne naissance à sa fille, Françoise. Deux ans plus tard naît son fils, Charles. Le soin et l’éducation des enfants de l'aristocratie sont pris en charge par d’autres personnes que les parents. Les enfants en bas âge sont à la charge de nourrices et des maîtres, des sœurs dans les couvents, des jésuites assurent l'éducation des enfants.

Ces pratiques, qui sont la norme dans les familles de la noblesse, ne sont pas synonymes d’un désintérêt ou d’un délaissement de la part des parents. Elles sont adoptées par tradition et accompagnées d’un souci de transmission d’une éducation de qualité et d’une foi solide.

Certaines tâches maternelles et éducatives sont menées par les mères. Elles s’inquiètent des risques de la grossesse, de la naissance, du post-partum et du soin aux nouvelles mères, de la maternité, du soin et de l’éducation des enfants. C'est dans cette perspective que "Madame de Sévigné abreuve sa fille de conseils", souligne Cécile Lignereux, maîtresse de conférences en littérature et autrice de À l'origine du savoir-faire épistolaire de Mme de Sévigné : les lettres de l'année 1671 (PUF, 2012). "On a pu dire qu'elle était autoritaire, qu'elle s'immisçait dans l'intimité de sa fille, qu'elle était tyrannique. En réalité, c'est son devoir de mère que de prodiguer des conseils en matière d'économie, de santé, d'éducation des petits-enfants. C'est quelque chose d'attendu, cela fait partie des prérogatives maternelles."

La Correspondance, témoignage d'une relation entre une mère et sa fille

En 1671, Françoise, devenue comtesse de Grignan à la suite de son mariage avec François de Grignan, part vivre avec lui en Provence. Monsieur de Grignan y est lieutenant-général, il représente le roi. Elle laisse à Madame de Sévigné la charge de sa fille Marie-Blanche, trop petite pour voyager si loin. À partir de cette date, la marquise de Sévigné et la comtesse de Grignan s’écrivent presque quotidiennement.

Leur correspondance donne à voir la manière dont Madame de Sévigné et Madame de Grignan appréhendent leur rôle de mère. N'on été conservées cependant que les lettres de Sévigné. Les réponses de Madame de Grignan "ont été détruites, comme nombre de correspondances de femmes de cette époque", explique Nathalie Freidel, professeure de littérature et autrice de Sévigné dans le cercle des femmes (Hermann, 2026). "C'était souvent leur propre volonté de n

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