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Back to EpisodesAttention travail ! Une histoire de sécurité : Corps ouvriers et produits chimiques, l’histoire toxique de l’industrialisation
Description
Une histoire qui s'écrit avec du plomb, du phosphore ou encore de l'arsenic. Une histoire de labeur où, "pour gagner sa vie", terrible expression, il est possible de la perdre, en raison d'un accident ou d'une maladie professionnelle.
Des effets dangereux de l'industrialisation
Au 19ᵉ siècle, les bouleversements induits par l’industrialisation sont massifs et potentiellement dangereux pour la santé et la sécurité des travailleurs et des travailleuses. De nouveaux risques, pollutions et nuisances apparaissent alors que les processus de travail s’intensifient, se morcellent et se mécanisent. Les accidents du travail liés aux machines se multiplient. L’usage de produits extrêmement nocifs, comme la céruse, le phosphore blanc, l’arsenic ou le mercure, menace directement les corps des ouvriers et des ouvrières.
Les effets de ces produits sur le corps humain sont pourtant connus, au point que "l'exposition à des produits toxiques dans le cadre du travail n'est pas du tout et en aucune manière le fruit d'une méconnaissance scientifique", explique Judith Rainhorn, historienne et autrice de Blanc de plomb. Histoire d’un poison légal (Presses de Sciences Po, 2019). "On connaît parfaitement, à la fois de manière scientifique et de manière empirique, la toxicité des produits, [par exemple] du plomb, depuis l'Antiquité. Ce qui se modifie au début du 19ᵉ siècle, c'est le fait qu'on est pris dans un processus [d'industrialisation], et qu'on s'accommode de ces toxicités connues, pour encourager le progrès, l'utilisation de nouveaux produits, de nouveaux usages de ces produits."
L’époque est donc à l’exaltation du progrès et de l’emploi, et les médecins hygiénistes ne défendent pas nécessairement la santé des corps ouvriers. Parmi eux, beaucoup, comme Louis René Villermé, ont tendance à attribuer aux conditions de vie générales des ouvriers leur mauvais état de santé. Ils préfèrent blâmer les faibles salaires, la nourriture frelatée, l’alcoolisme ou encore les logements insalubres. Ce sont là des éléments qui ont un effet sur la santé des travailleurs. Ils contribuent cependant à occulter la problématique, pourtant bien réelle, de leurs conditions de travail souvent déplorables, et de l’émergence de maladies proprement professionnelles.
Les employeurs, de leur côté, ont intérêt à attribuer les problèmes de santé des ouvriers à leurs conditions de vie, et non à leurs conditions de travail, pour ne pas avoir à les indemniser. Le 19ᵉ siècle est le siècle où, en France, "le cadre du travail se libéralise", précise Thomas Le Roux, historien et coauteur de La Contamination du monde. Une histoire des pollutions à l’âge industriel (Seuil, 2017). "C'est la fin des corporations. Il y a une liberté totale d'entreprendre et d'employer, et les ouvriers se retrouvent dans un contrat individuel avec leur patron. Le ministre de l'Intérieur Jean-Antoine Chaptal, entre 1800 et 1804, lui-même chimiste et expert de ce qu'on appelle de nos jours les pollutions industrielles, avec des rapports à l'Académie des sciences qui dénient toute influence mortifère des substances industrielles, dit dans un ouvrage en 1799, Essai sur le perfectionnement des arts chimiques en France, que l'industrialisation met en place un système dans lequel les ouvriers sont à la disposition des patrons, que les tâches sont rarement agréables dans le cas de ces usines, mais qu'il faut une 'force coactive', pour soumettre ces ouvriers et les mettre à disposition du patron. On est à une période où le livret ouvrier est instauré en 1804, ce qui permet un contrôle et une discipline ouvrière. Il y a une forme de contrôle et de disciplinarisation des ouvriers pour les mettre à l'usine, les mettre au travail. Dans ce cadre-là, pour faire accepter ce travail, [il y a] une reformulation des savoirs, d'accepter que les ouvriers puissent travailler dans des 'arts insalubres'." Une l