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Back to EpisodesDes artistes face à l'émotion de l'histoire : Baru, une histoire populaire à la pointe du crayon
Description
Du Quéquette Blues aux grandes figures du rock'n'roll, de La Piscine de Micheville aux Années Spoutnik, c'est le regard que porte un gars, à la fois de l'Est et du Sud, sur les évolutions de la société, sur ses mutations et ses violences, sur ses espoirs. Avec une bande-son sensationnelle, dans laquelle nous fredonnons Bella Ciao, à la rencontre des Italiens de Lorraine.
Une enfance dans l'Est
Né en 1947 à Thil, près de Villerupt, en Meurthe-et-Moselle, Baru grandit dans un environnement ouvrier et populaire. À l’ombre de l’usine de Micheville, fondée en 1873, se déploient des activités minières et sidérurgiques. L’histoire industrielle croise l’histoire de l’immigration, puisque de nombreux immigrés italiens en quête de travail fournissent la main-d'œuvre de Villerupt. La ville se développe à travers des cités ouvrières, des écoles, des équipements sportifs et culturels, période florissante qui coïncide en partie avec l’enfance de Baru, et qu’il voit péricliter dans les années 1970.
Baru raconte ses souvenirs d’enfance et de jeune adulte dans plusieurs de ses albums, notamment L’Autoroute du soleil, où d’anciens sidérurgistes assistent au dynamitage du dernier haut-fourneau. Son œuvre est traversée par l'histoire de la région dans laquelle il a grandi. "Mon boulot, c'est de raconter des histoires", explique-t-il. "Il faut qu'au bout de cette histoire, quand je l'ai prise en main, ça provoque un effet de réalité, qui donne à croire, qui fait hésiter le lecteur qui repousse son bouquin et qui se dit 'et si tout cela, c'était vrai ? [...] Et c'était vrai. Il y a toujours quelqu'un venu me raconter sa propre histoire dans laquelle il y avait une parcelle de Quéquette Blues, une parcelle de La Piscine de Micheville. [...] Des témoignages m'ont été faits, et je m'en suis servi pour donner de l'épaisseur à mon récit."
Des origines italiennes
Les jeunes années de Baru sont également très marquées par son identité italienne, du côté de son père, qui s’est transmise non par la langue, mais par la gastronomie. Le grand-père de Baru est un ouvrier italien venu travailler en Lorraine vers 1900. Dans la trilogie Bella Ciao, Baru revisite la longue histoire de l’immigration italienne en France. "Quand je travaille, je suis adossé à l'histoire des miens, raconte-t-il, à l'histoire de mes voisins, de ceux qui habitaient dans ces cités qu'on appelait les cités de Sainte-Claire." Il explore dans cette trilogie son rapport personnel à ses origines italiennes. Chaque album se termine ainsi par une recette de cuisine : les cappelletti à la fin du tome 1, le tiramisu à la fin du tome 2, et le risotto aux cèpes à la fin du tome 3.
Dans la grande fresque de Bella Ciao, Baru reproduit le dossier de naturalisation de son père, qu’il a retrouvé aux archives départementales de la Moselle, à Nancy. Dans les archives de sa famille, "il n'y a aucun écrit", explique-t-il. "Mais il y a des photos. La fameuse boîte à chaussures remplie de photos, elle est chez moi. Une photo, c'est anecdotique, c'est un moment T. [...] Mais ces photographies me permettent de trouver une coiffure, une manière de s'habiller, qui sont au niveau de la documentation des choses très importantes, parce qu'elles racontent une histoire. Le fait de se raconter des histoires, au bout du compte, c'est créer une histoire conséquente, pleine de petites histoires qui constituent la chair du récit." Baru interroge ainsi les parcours d’intégration des immigrés et le prix à payer pour s’assimiler, dans une société française longtemps hostile aux Italiens. En témoignent des épisodes sanglants, comme le massacre d’Aigues-Mortes, les 16 et 17 août 1893, par lequel Baru ouvre le premier volume de Bella Ciao.
Pour en savoir plus
Baru est auteur, dessinateur et scénariste de bande dessinée. Il a