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Back to EpisodesDes artistes face à l'émotion de l'histoire : Du collage à la sculpture, des artistes s’emparent du passé pour créer
Description
Des Caraïbes au pourtour méditerranéen en passant par les champs de bataille de la Grande Guerre, de l’antique Sumer à Aimé Césaire, les artistes contemporains inscrivent leurs créations dans une histoire d’apprentissage et de transmission.
Redonner vie à l’histoire des Caraïbes
Redonner un nom et un visage à des figures historiques invisibilisées, c’est ce à quoi s’attelle l’artiste plasticien Raphaël Barontini dans ses différentes créations. Toussaint Louverture, Henri Christophe, Dutty Boukman, Cécile Fatiman, autant de noms qui reprennent vie à travers ses œuvres. L’histoire des Caraïbes et plus largement des Amériques, liée intrinsèquement aux empires coloniaux, est le fil conducteur de ses créations, qui allient collages numériques, peintures et pièces de textile. En 2023, à l'occasion de son exposition We Could Be Heroes, il fait entrer cette histoire au Panthéon, avec pour objectif, dans un "lieu qui fait histoire, bourré de symbolique, qui qualifie l'histoire de France, [de] questionner cette histoire de l'esclavage et des luttes qui ont amené à son abolition", explique-t-il. "J'ai essayé de retisser un récit, par le collage, l'assemblage de matériaux historiques, photographiques, de gravures. J'ai cette espèce de champ de recherche d'objets historiques. Le travail est dans le collage, dans la recomposition et dans une nouvelle narration qui fait fonction de contre-histoire."
Dans le cheminement de sa pensée, Raphaël Barontini s’inspire du concept de créolisation d’Édouard Glissant, c’est-à-dire l’idée qu’une musique est le métissage de différentes cultures. Il travaille souvent à partir d'œuvres d’art anciennes : photographies prises sur internet, archives coloniales issues des musées. Du Panthéon au Palais de Tokyo, l'exposition de ses œuvres permet de diffuser une histoire des Caraïbes, souvent méconnue du grand public.
Sur les traces du rail Berlin-Bagdad
Inspirée par la réflexion sur les lieux de mémoire de l’historien Pierre Nora, l’artiste Anaïs Marion questionne le sens de la mémoire collective à travers ses créations. En 2018, elle suit les traces de Bagdadbahn, un chemin de fer construit à partir de 1890 pour connecter Berlin à Bagdad. Débuté à la fin du 19ᵉ siècle par l’Allemagne, ce réseau est censé acheminer jusqu’en Europe des trésors archéologiques mésopotamiens.
Le voyage entrepris par Anaïs Marion se situe entre l’histoire, la géopolitique et la mémoire des objets déplacés. Durant son voyage, elle cherche à ramener symboliquement à sa terre d’origine une reproduction du taureau ailé mésopotamien conservé au musée de Pergame à Berlin. Le projet évoque les liens entre l’actualité, l’invention de l’écriture dans le berceau de la civilisation mésopotamienne et l’écriture complexe de l’histoire au fil du temps. "Je crois que ce qui guide l'ensemble de mon travail, c'est cette question de comment l'histoire nous agite aujourd'hui, comment son héritage continue de produire des événements, des émotions, comment on se l'approprie et comment on l'utilise parfois à des fins politiques", raconte Anaïs Marion. "C'est un travail qui prend plein de formes différentes, dans lesquelles je cherche toujours des matières ou des protocoles qui me permettent de raconter une anecdote qui vient de quelque chose que j'ai lu dans un livre d'histoire, par exemple, ou de trouver un angle un peu différent pour parler d'un sujet d'actualité."
La sculpture, pont entre les civilisations
Si elle s'intéresse à l’histoire, l’artiste Marion Verboom explore quant à elle dans ses œuvres des géographies, en particulier celle du pourtour méditerranéen. Pour chacune de se