Episode Details
Back to EpisodesDes artistes face à l'émotion de l'histoire : John Eliot Gardiner, passe ton Bach d’abord !
Description
Comment devient-on chef d’orchestre à la renommée internationale, spécialiste de la vie et de l'œuvre de Jean-Sébastien Bach, appelé à diriger les plus grands ensembles au monde, dont l’Orchestre Philharmonique de Radio France ? Pourquoi chef d’orchestre et pourquoi pas égyptologue ou fermier ? Dans tous les cas, il est question de culture.
Musicien et fermier
Né en Angleterre en 1943, John Eliot Gardiner est aujourd’hui chef d’orchestre. En parallèle d’une carrière musicale internationale, il est aussi propriétaire d’une ferme écologique héritée de son père et installée dans le Dorset. Alan Gardiner, son grand-père, était égyptologue. Son grand-oncle, le frère de ce grand-père, Balfour Gardiner, "était compositeur, dans une génération de compositeurs anglais qui ont fait leurs études en Allemagne", explique John Eliot Gardiner. "Ils étaient post-wagnériens, très romantiques et très humbles en même temps. Après la Première Guerre mondiale, [mon grand-oncle] a décidé d'abandonner complètement la composition de la musique. Il a commencé à planter des arbres. Avec mon père, ils ont planté quatre millions d'arbres. C'est là où j'habite aujourd'hui, dans le Dorset, pour continuer leur travail, leur initiative."
John Eliot Gardiner a suivi des études en histoire et en musicologie au King’s College de Cambridge. En 1964, alors étudiant, il fonde le Monteverdi Choir, un ensemble qu’il dirige encore aujourd’hui. Sa carrière musicale se trace ensuite à travers l’Europe. Dans les années 1960, il étudie auprès de Nadia Boulanger, pianiste, compositrice et enseignante ayant notamment eu pour élève Quincy Jones. À la suite de cet enseignement musical, Gardiner retourne en Grande-Bretagne où il poursuit la direction d’orchestre à la BBC. Entre 1983 et 1988, il dirige l’Opéra de Lyon, puis entre 1991 et 1994, l'Orchestre Radio-Symphonique de Hambourg.
Croiser l’histoire et la musique
John Eliot Gardiner considère l’histoire et la musicologie comme deux approches indissociables de la musique. Alors qu’il est étudiant en France dans les années 1960, il s’attelle notamment à déchiffrer les partitions originales des Boréades de Jean-Philippe Rameau (1683-1764), conservées à la Bibliothèque nationale de France et à la Bibliothèque de l’Opéra national de Paris. Les annotations en marge des partitions, les versions successives des œuvres et autres travaux préparatoires donnent à lire le processus de création musicale. John Eliot Gardiner porte une attention particulière à ces détails, par exemple sur les "parties instrumentales individuelles des opéras de Rameau", raconte-t-il. Sur les partitions, est inscrite "la durée d'un acte : "28 minutes". "Ouf !", quelqu'un a écrit. Il y a des caricatures dans les marges, des chanteurs ou du chef. On voit comment [les musiciens] ont senti le déroulement de la soirée et ça, c'est fascinant." Pour John Eliot Gardiner, il est ainsi essentiel de ne pas se contenter des partitions éditées aujourd'hui, et de consulter les partitions originales : pour les opéras de Rameau, par exemple, les partitions imprimées peuvent être celles d'une "formation revisitée par Camille Saint-Saëns, parfois par Debussy, par d'autres, qui ont décidé d'intervenir, de changer l'instrumentation, de changer des articulations. Il faut retourner à la source, c'est toujours essentiel pour un chef d'orchestre."
Aux côtés de son intérêt pour la musique française, John Eliot Gardiner entretient un rapport particulier à Jean-Sébastien Bach (1685-1750). Il a en effet grandi sous le regard d’un portrait de Bach peint en 1748 par Elias Gottlob Haussmann, confié à sa famille pendant la Seconde Guerre mondiale. Plus tard, au long de sa carrière, Gardiner orchestre la majeure partie de l’œuvre du compositeur baroque, de l’intégrale de ses cantates à l’Oratorio de Noël. P