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Back to EpisodesRacisme, une histoire : Race et République, histoire d'un tabou français
Description
"Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune." Le 26 août 1789, en pleine Révolution, quand est adoptée définitivement la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, la France n'est pas une république, mais une monarchie en passe de devenir constitutionnelle. La République lui succède en septembre 1792. La question de la distinction raciale pourrait paraître réglée, puisque le texte déclare que "les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits". Pourtant l'esclavage, lui, n'est pas aboli.
Vers une première abolition de l'esclavage
La Déclaration de 1789 "est un acte inaugural. C'est un moment de promesse d'émancipation, mais c'est une promesse qui n'est pas accomplie pour toutes et pour tous", précise l'historienne et sociologue Delphine Gardey, autrice du Corps noir de la République. De l’esclave au député (1789-1946) (Textuel, 2025). La République hérite d'un empire "régi par un système plantationnaire issu de la traite transatlantique, avec une série d'intérêts commerciaux extrêmement importants pour la richesse monarchique [puis] pour la République." Une minorité d'acteurs de la Révolution soutient la lutte anti-esclavagiste, "puisque les révolutionnaires souhaitent préserver la possibilité de l'accomplissement républicain dans l'Hexagone. C'est une priorité [...]. Les colonies passent au second plan", rapporte Delphine Gardey. Les révoltes et les pratiques d'autodétermination des personnes esclavisées à Saint-Domingue accélèrent le processus d'émancipation et vont "contraindre Paris à prendre la mesure de ce qui a cours et à accepter une transformation."
En août 1793, le commissaire Léger-Félicité Sonthonax abolit l’esclavage en Haïti. En septembre 1793 est élu le premier député français noir issu de l’esclavage, Jean-Baptiste Belley, représentant de la colonie de Saint-Domingue à la Convention nationale. Dans la foulée de cette abolition partielle de l’esclavage, décidée par Sonthonax sans avoir préalablement obtenu l’aval de la Convention, celle-ci adopte un décret d'abolition de l'esclavage dans toutes les colonies françaises.
1848, une deuxième abolition de l'esclavage
Cependant, dès 1802, Napoléon Bonaparte rétablit l’esclavage, tandis que le processus de conquête coloniale en Algérie est lancé en 1830. En 1848, la Deuxième République, sous l'impulsion du député Victor Schœlcher, abolit l’esclavage dans les colonies françaises, pour la deuxième fois. La République, qui proclame également le suffrage universel masculin, dote enfin les personnes non blanches de droits civiques, à condition qu’elles soient des hommes de plus de 25 ans. Les anciens hommes esclavisés accèdent ainsi à la citoyenneté. Les personnes libres non blanches avaient déjà des droits sous la monarchie de Juillet. En 1848, de nouveaux députés noirs rejoignent les bancs de l’Assemblée, dont certains sont des esclaves qui viennent d'être affranchis, comme Louisy Mathieu.
Des discours et des mesures profondément racistes sous la Troisième République
Sous la Troisième République, les enjeux raciaux ne sont plus liés à l’esclavage et à son abolition, mais se reconfigurent dans le contexte colonial. La France poursuit et étend son entreprise de colonisation en Afrique (Afrique occidentale française, Afrique équatoriale française, Algérie, protectorat sur la Tunisie et le Maroc) et en Asie (Indochine française). La supposée "mission civilisatrice" de la France, claironnée par Jules Ferry, s’appuie sur une vision profondément raciste de l’humanité, qui serait divisée en "races supérieures" et en "races inférieures". Dans cette perspective, les races supérieures, auxquelles les Français sont supposés