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Back to EpisodesRacisme, une histoire : Racisme scientifique et médical, des pseudo-théories pour mieux dominer
Description
Il n'a pas fallu attendre la fin du 19ᵉ siècle pour que les discriminations contre des gens et des groupes s'appuient sur des discours savants. Au 19ᵉ siècle, ces discours prennent une tournure particulière avec l'héritage de ce qui est devenu le racisme, une longue construction au fil des siècles, dans un contexte de nationalisme exacerbé et d'appétit colonial.
La science au service du racisme ?
Dès le 18ᵉ siècle, le racisme supposément scientifique et médical émerge avec les travaux de naturalistes, médecins et biologistes. Les écrits du naturaliste Carl von Linné sont les premiers à classifier l’humanité en races dites biologiques. À partir du 19ᵉ siècle, des médecins et scientifiques tentent de préciser ces classifications raciales.
Les théories pseudo-scientifiques racistes visent d’abord le corps noir. Aux États-Unis, le médecin Samuel Cartwright théorise l'absence de douleur des personnes esclavisées dans les plantations. Quant au gynécologue James Marion Sims, il entreprend différentes expérimentations médicales sur le corps de femmes racialisées comme noires dans les plantations. Certaines théories raciales pseudo-scientifiques ciblent également les populations asiatiques et juives. Dans son Essai sur l’inégalité des races humaines en 1855, Arthur de Gobineau définit la race aryenne et condamne très largement le métissage.
Ces stéréotypes racistes circulent à l’international. En effet, les médecins qui mobilisent ces théories se connaissent et échangent. Ils gagnent des positions de prestige au fur et à mesure qu’ils publient et qu’ils sont reconnus par leurs pairs. Ils ont été "formés dans des bastions universitaires, ils sont des élites sociales", explique Élodie Edwards-Grossi, historienne, coautrice avec Delphine Peiretti-Courtis de Le Racisme scientifique et médical, du XIXᵉ siècle à nos jours (Presses universitaires de France, 2026). "Ils sont très proches des élites politiques de l'époque. Par exemple, Samuel Cartwright est lui-même le médecin d'un certain nombre d'hommes politiques de l'époque, notamment de Jefferson Davis, le leader des confédérés pendant la guerre de Sécession. [...] Les médecins de l'époque, malgré ce rapport exceptionnalisant qu'ils ont dans la manière dont ils définissent leur propre fonction sociale, puisqu'ils soignent [et] théorisent, sont partie prenante de cette société et accumulent [la] recherche de reconnaissance et de prestige en échangeant avec leurs pairs, pour ériger en norme les savoirs qu'ils produisent."
Des conséquences dramatiques
Au 19ᵉ siècle, ces théories racistes pseudo-scientifiques permettent de légitimer l’ordre politique, en particulier la colonisation et l’esclavage, aux États-Unis et en France. Elles permettent de justifier le travail forcé et la mort quotidienne de nombreuses personnes dans les colonies. Les chercheurs et chercheuses qualifient aujourd'hui ces théories de "pseudosciences", mais au 19ᵉ siècle, elles n'étaient pas "considérées comme des pseudosciences", précise l'historienne Delphine Peiretti-Courtis. Elles étaient considérées comme "des sciences qui construisaient le savoir, à une époque que l'on a retenue sous le nom de 'scientisme', de foi toute puissante en la science, une période du positivisme, défini par Auguste Comte, où il s'agit de prouver l'ensemble des faits par des preuves jugées scientifiques. [...] [Ce] savoir, progressivement, se substitue au savoir religieux pour édicter de nouvelles normes et de nouvelles vérités."
Ces théories sont parfois même à l'origine de génocides. Entre 1904 et 1908, le génocide des peuples herero et nama dans le Sud-Ouest africain, en Namibie actuelle, est organisé par le père de la colonisation allemande, Carl Peters. Il est lui-même très influencé par le scientifique allemand Ernst Haeckel, qui en 1868 explique que le métissage est dangereux, car il est susceptible de causer l’extinction d’une