Episode Details

Back to Episodes
Racisme, une histoire : De l'esclavage à la race, le monde pensé en noir et blanc

Racisme, une histoire : De l'esclavage à la race, le monde pensé en noir et blanc

Published 3 months ago
Description

L’esclavage est un phénomène ancien qui se déploie dans de nombreuses civilisations, avec des déportations multiples à l’intérieur de l’Afrique, dans le monde arabo-musulman, à travers l’océan Indien, l’océan Pacifique et l’océan Atlantique. Quel lien historique existe-t-il entre l’esclavage et la construction du racisme ? Fallait-il être raciste pour réduire les gens en esclavage, ou bien le racisme est-il né de l’esclavage ?

Classer le vivant dans un monde colonial

À partir du 16ᵉ siècle et des colonisations européennes, les savants s’intéressent aux conséquences des déplacements de populations végétales et animales hors de leur environnement naturel, ainsi qu’à l’hybridation de ces populations. Le commerce colonial nourrit les interrogations supposément scientifiques sur le comportement du vivant d’un continent à l’autre. En 1735, le naturaliste suédois Carl von Linné propose une classification du vivant, suivie par d’autres savants qui s’appuient tant sur les caractéristiques, la généalogie ou les fonctions des populations végétales, animales et minérales. Pour la première fois, l’homme est classé avec le reste de la nature. C’est dans ce contexte colonial et scientifique que le terme de "race" sert à distinguer les groupes humains.

Nommer pour hiérarchiser

Le terme portugais negro est utilisé pour désigner exclusivement les esclaves achetés en Afrique subsaharienne par les Portugais et revendus pour la plupart aux Amériques portugaises et espagnoles. Déportées, esclavisées, affranchies ou nées libres, les personnes qui sont appelées "personnes de couleur" vont continuer d’être appelées negro (nègre en français), une appellation qui les renvoie directement à une condition inférieure. Le terme "nègre" est un synonyme d'esclave, souligne l’historienne Aurélia Michel, spécialiste des Amériques noires, "puisqu’à partir du moment où la couronne espagnole réussit à interdire définitivement l'esclavage des autochtones au 16ᵉ siècle, les esclaves aux Amériques sont des Africains ou des descendants d'Africains. Il y a un phénomène pratiquement cognitif qui associe dans cette société le terme de Noirs, le terme d'esclaves et le terme d'Africains."

C’est à la suite de la première abolition de l’esclavage en 1794 que les théories de race et de racisme se développent. Aurélia Michel ajoute que "le système esclavagiste simpliste fondé sur les Noirs et les Blancs ne correspond pas à la réalité de la société. De nombreux enfants, qu’on appelle aujourd’hui métis, sont à la fois d’ascendance européenne et africaine." Certains s’opposent à l’égalité des droits entre les couleurs. "Il y a toute une partie de la société des planteurs qui lutte pour maintenir cet ordre simpliste racial, assigner les descendants d'Africains à une situation d'esclaves et nourrir les théories de classement de l'humanité." Afin de conserver leur supériorité, les Blancs des colonies, notamment, vont mettre en place une série de discriminations pour rendre toujours plus difficile l’accès à la blancheur.

Hiérarchie raciale, les savants débattent

Dans ce contexte colonial, les savants débattent des critères de classification des êtres humains. Certains sont directement acteurs de la traite. C’est le cas du naturaliste et planteur Médéric Louis Moreau de Saint-Méry, qui distingue les individus en 128 combinaisons généalogiques possibles, ce qui vise à contraindre la mobilité sociale des personnes de couleur. L’historienne Aurélia Michel explique que "cette attention à la couleur, ou plutôt cette signification de la couleur qui correspond à une position sociale, est une construction au moment où la traite atlantique se déploie dans les empires européens, vers les colonies d'Amérique".

D’autres, à l’inverse, rejoignent la Société des amis des Noirs, fondée à Paris en 1788. Mirabeau, Condorcet et l’abbé Grégoire cherchent, par leurs écrits, à sensibiliser

Listen Now

Love PodBriefly?

If you like Podbriefly.com, please consider donating to support the ongoing development.

Support Us