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Back to EpisodesFou d'histoire : Éric Vuillard, l’histoire à l’ordre du jour
Description
Écrivain, Éric Vuillard est né en 1968 à Lyon. Après un parcours scolaire plus chahuté que linéaire, il suit des études en théorie du droit, en science politique puis, sous la direction de Jacques Derrida, de philosophie. Depuis la publication de Conquistadors, en 2009, roman dans lequel il raconte la conquête de l’Empire inca par Francisco Pizarro en 1532, l’histoire continue d’irriguer son écriture. Éric Vuillard fait notamment le récit des violences coloniales, lors de la conquête du Congo, dans Congo (Actes Sud, 2013) ou lors de la conquête de l’Ouest états-unien, dans Tristesse de la terre. Une histoire de Buffalo Bill Cody (Actes Sud, 2014).
Le souffle de la littérature
Pourquoi avoir choisi de faire œuvre de littérature plutôt que d'historien ? Pour Éric Vuillard, l'écriture romanesque donne une forme de connaissance et de savoir particulier, "qui ne tient pas seulement au fait d'incarner les choses, de leur amener du sentiment, puisque les historiens sont tout à fait capables d'avoir des sentiments et de les faire éprouver aux autres", mais "qui est lié à l'abandon au mot." Quel que soit son degré de documentation, l'écrivain s'abandonne "totatement". "Il y a un moment où on se plonge dans l'écriture, dans le vide en quelque sorte, face à soi, et où quelque chose se passe dans le langage qui doit être de l'ordre de la vérité, mais qui reste difficile à saisir", décrit l'auteur de L'Ordre du jour (Actes Sud, 2017).
Plus encore, Éric Vuillard tend à déconstruire les récits héroïques et le roman national. Par l’écriture, il met en regard le peuple, les personnes dominées, et les élites diplomatiques, politiques ou économiques. À cet égard, dans L'Ordre du jour (Actes Sud, 2017), lauréat du prix Goncourt en 2017, il souligne le soutien des industriels allemands à l’ascension du parti national-socialiste, dès 1933. L'intuition du roman lui vient à la relecture des Mémoires de Churchill. Il remarque des notations du Premier ministre britannique auxquelles il n'avait pas prêté attention, vingt ans plus tôt, à la première lecture, "notamment ce déjeuner qui a lieu juste le jour de l'Anschluss à Downing Street, où Ribbentrop fait une sorte de cinéma pour retarder le moment où Chamberlain va pouvoir vaquer à ses occupations politiques." Ce passage lui offre matière à élucidation, "puisqu'il avait quelque chose d'incongru", et une matière littéraire, car "il y avait quelque chose d'excitant à écrire ce passage." Dans La Bataille d’Occident (Actes Sud, 2012), c’est par la mise en scène des combats de la Première Guerre mondiale qu’il interroge la portée des choix militaires et stratégiques des élites.
Billy the Kid, un brigand tyrannique ?
Dans Les Orphelins. Une histoire de Billy the Kid (Actes Sud, 2026), Éric Vuillard dresse le portrait de Billy the Kid, célèbre hors-la-loi états-uniens. À rebours de l’histoire d’un brigand tyrannique, Éric Vuillard donne ici à lire le portrait d’un jeune et pauvre États-Unien, contraint d’errer dans l'État du Nouveau-Mexique et de vivre de petits vols. Dans cet ouvrage, il brode un tissu d’hypothèses autour de la vie mystérieuse de Billy the Kid. Né en 1859 à New York, peut-être à Manhattan, il émigre vers le Nouveau-Mexique alors qu’il est encore enfant. Son ascendance familiale reste trouble. Sa mère, irlandaise, avait-elle fui la famine ? Qui étaient son père et son frère ? Peu de sources éclairent en effet l’histoire de Billy the Kid. Sa vie a été racontée par les sources judiciaires, qu’Éric Vuillard commente dans son ouvrage, par la biographie écrite par Pat Garrett, le shérif qui le tue le 14 juillet 1881.
Bibliographie d'Éric Vuillard
- Les Orphelins. Une histoire de Billy the Kid<