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Back to EpisodesQuoi de neuf en Grèce antique ? : Nu et musclé ? Les masculinités en Grèce antique
Description
Les voici qui exhibent leur corps, qui bandent leurs muscles et qui s’exhibent. Dans les musées et dans nos imaginaires, l’homme grec se présente dépourvu d'habit, si ce n’est couvert d'une pudique feuille de vigne, ajoutée parfois tardivement. Au-delà du corps et de la figure des Apollons, ces jeunes hommes à la beauté parfaite, comment définir l'homme grec, selon son âge, son origine sociale ou géographique ?
Des muscles et des larmes
L’émergence de l’histoire des femmes et du genre permet d’écrire une histoire des masculinités à nouveaux frais. Il s’agit d’un concept pluriel et complexe, entre force et faiblesse, performance et fragilité. De nouveaux outils, comme l’histoire du corps, l’histoire des représentations, ou l’histoire du sensible, renouvellent ce champ de recherche et sont largement mobilisés dans le Dictionnaire des masculinités en Grèce ancienne (Presses universitaires de Rennes, 2026), dirigé par les historiennes Véronique Mehl et Lydie Bodiou.
Les Grecs définissent la masculinité et la virilité avec le terme d’andreia, qui prend aussi le sens de courage. Un idéal masculin se dessine à travers la culture matérielle et littéraire grecque antique. Il renvoie au modèle élitaire "kalos kagathos" (bel et bon), qui désigne une harmonie et une noblesse de corps et d’esprit. L’athlète comme les héros de la mythologie et des épopées homériques occupe une place de choix dans l’exaltation de ces valeurs. Achille, le beau et valeureux combattant de la guerre de Troie, ou Héraclès, le fils de Zeus à la force surhumaine, sont des figures exemplaires de cette masculinité grecque. Exposés dans le gymnase, ces héros mythologiques servent de modèle, notamment pour les petits garçons. Ils se révèlent néanmoins plus complexes qu’il n'y paraît. Ils sont capables de trembler de peur de la tête aux pieds, ou de pleurer à chaudes larmes chez Homère. Ainsi Achille verse-t-il des larmes de colère au début de l’Iliade, après que sa captive Briséis lui a été ravie sur ordre d'Agamemnon. Plus loin, ses larmes sont de chagrin à l'annonce de la mort de Patrocle. Les larmes sont le signe de la dualité du héros "qui incarne la force destructrice, l'orgueil, et l'individualisme, et qui, dans le même temps, est humain" par les émotions qu'il traverse, explique Lydie Bodiou.
Cités grecques et domination masculine
Patriarcales et eugénistes, les sociétés grecques favorisent le masculin "dès la conception, voire in utero", précise Lydie Bodiou. "Les textes médicaux, en particulier hippocratiques, donnent des recettes pour avoir des garçons." L'eugénisme s'observe à travers la pratique de l'exposition, à savoir l'élimination des nouveaux-nés malformés ou handicapés, ou des petites filles.
Par la suite, les garçons sont façonnés dès le plus jeune âge par un mélange de principes éducatifs, de contraintes collectives et d’attentes familiales. "On va leur donner des types de jeux propres à la projection que l'on va avoir sur ces enfants : des jeux de force, d'adresse, d'agilité…" Entre 18 ans et 20 ans, le gymnase et l’éphébie continuent de façonner les jeunes hommes. Tout ce processus est "basé sur des performances et des capacités que le corps va réussir à déployer. L'idée est de faire des citoyens valeureux, des guerriers efficaces et redoutables, mais aussi des paysans en capacité de travailler la terre", souligne Lydie Bodiou. En effet, les hommes grecs peuvent se concevoir par une série de fonctions et de rôles au sein de la cité, qu’ils prennent les armes et s’illustrent à la guerre, qu’ils exercent leurs droits de citoyens et dominent femmes, esclaves, métèques et barbares, ou qu’ils récoltent des honneurs athlétiques par leur culture physique impeccable.
Les hommes grecs ne sont pas tous des héros
Cependant, un examen plus serré des sources a