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Back to EpisodesQuoi de neuf en Grèce antique ? : Pour la beauté du grec, déchiffrer des lettres antiques
Description
L’épigraphie est la science qui étudie les inscriptions anciennes et, en l’occurrence, en grec ancien. Elle offre d’impressionnants corpus qui ne cessent de s’enrichir. Quels défis pour l’archéologue, l'historienne et l'historien, au moment de déchiffrer ces écrits et de les interpréter ? Des textes rédigés pour les gens de l’Antiquité, mais qui nous sont aussi destinés.
L’épigraphie, ou scientifiser le déchiffrage
Au 19ᵉ siècle, les grandes fouilles se multiplient en Grèce. Les archéologues, à la recherche de statues et de vestiges monumentaux, découvrent de nombreuses inscriptions sur des pierres, des argiles ou des métaux. L’étude de ces inscriptions, l’épigraphie, devient une science et cherche à dater, contextualiser et traduire ces messages gravés. De ces inscriptions antiques, laissées par les lapicides, des ouvriers chargés de marquer la pierre dans la Grèce antique, nous parviennent des épitaphes, des lois, et même des malédictions. L’historien et épigraphiste François Lefèvre explique que la grande majorité des inscriptions ont vocation à être rendues publiques. "À Athènes, avant d’être gravée sur la pierre, une partie des documents publics était affichée sur des panneaux de bois peints, sur l’agora. Tout le monde pouvait aller voir, vérifier et porter des recours."
Apprendre à lire entre les lignes
Découvertes sur un chantier, visibles sur un site archéologique ou exposées dans un musée, les inscriptions antiques sont aujourd’hui omniprésentes. Afin d’être étudiées, celles-ci doivent être datées et correctement analysées. La technique de l’estampage moule l’épigraphe. Certaines sont peintes en rouge afin de faire ressortir l’écriture, tandis que les supports numériques permettent de modéliser les inscriptions, ou font appel à l’intelligence artificielle afin d’éclaircir leur contenu. Étudier une inscription relève d’un travail d’équipe interdisciplinaire. Les archéologues renseignent le contexte de la découverte, les épigraphistes transcrivent l’inscription afin que les historiens et historiennes en établissent la datation. Selon la nature du support, les historiens et historiennes de l’art étudient son esthétique, tandis que les philologues interviennent lorsqu’un auteur est cité.
L'helléniste Caroline Fourgeaud-Laville, autrice d’Humanités (Éditions de l’Observatoire, 2026), souligne l’importance de l’étude de ces inscriptions en histoire : "Les hellénistes traduisent Thucydide, Sophocle, et recomposent l’histoire par les grands noms", tandis que l’épigraphie fait entendre "les artisans, les morts, les femmes [...]. Les épitaphes disent leurs qualités. C'est une façon de rendre à la Grèce antique ces vies minuscules, et donc de réécrire l'histoire, parfois en la corrigeant."
Les écrits gravés, un nouveau manuel scolaire
L’épigraphie est une porte d’entrée vers le grec ancien. Les inscriptions, courtes et récurrentes, se déchiffrent plus aisément que les textes inscrits sur papyrus, qui relatent des batailles et la "plus grande histoire". Dans cette perspective, Caroline Fourgeaud-Laville et François Lefèvre publient Graver pour l’éternité. La Grèce au fil des écritures (Les Belles Lettres, 2025), un ouvrage qui retrace une autre histoire de la Grèce antique par l’étude de ses écrits gravés.
La mort du grec ancien entraînerait-elle celle des humanités ? Démocratie, liberté, droit et justice sont des notions directement fondées sur les textes antiques. Les langues mortes nous enseignent ainsi la construction de nos mots et favorisent notre émancipation, dans le contexte de la remise en question des sciences humaines et des replis identitaires.
Pour en savoir plus
Caroline Fourgeaud–Laville est docteur ès lettres, fondatrice de l’association Eurêka, qui initie les élèves d'école primaire et de collège au grec ancien. Ses publications :
- Humanités. Pouvons-nous vivre sans elles