Episode Details
Back to EpisodesQuoi de neuf en Grèce antique ? : En être ou pas ? Devenir citoyen dans la Grèce antique
Description
Dans la Grèce antique, deux termes désignent le citoyen : astos et politès. Ils sont utilisés de manière concomitante dans les sources dès l’époque archaïque. La citoyenneté peut s’obtenir d’abord par le droit du sang. Le citoyen se définit traditionnellement comme un individu né de deux parents citoyens, et, dans le cas d'Athènes avant -451, d'un seul parent citoyen. Il est également possible d’obtenir la citoyenneté par décret, "soit parce qu'on a un mérite individuel, soit parce qu'il y a des échanges de citoyenneté entre cités", précise l'historienne Christel Müller, et plus rarement par l’achat. L'histoire de la citoyenneté en Grèce antique remonte avant la démocratie. "Il y a une politeia, une citoyenneté, dans toutes les cités, qu'elles soient démocratiques, oligarchiques ou [qu'elles] relèvent de tout autre modèle", explique Christel Müller. La citoyenneté à Sparte, par exemple, requiert des exigences financières. "On doit apporter une contribution au syssition, le repas collectif obligatoire."
Le cercle fermé de la citoyenneté
Les femmes sont aussi des citoyennes en Grèce antique. Elles exercent d’abord un rôle central au sein du lignage, puisque ce sont elles qui donnent des héritiers légitimes. Elles participent également aux fêtes religieuses et à la vie économique de la cité. Les femmes citoyennes sont cependant exclues des fonctions politiques et judiciaires. "On a affaire à une citoyenneté asymétrique", relève Christel Müller, autrice de La Fabrique du citoyen. Les Grecs et la politeia d’Aristote à Auguste (Passés composés, 2026). De même, les esclaves ou les métèques – les étrangères et étrangers libres – ne sont pas considérés comme citoyens.
Donner la preuve de sa citoyenneté
Dans la plupart des cités grecques, les citoyens et citoyennes ne se distinguent pas du reste de la population par un habit ou d’autres signes distinctifs particuliers. Ils ressemblent aux métèques et aux esclaves. Sans élément distinctif, donner la preuve de sa citoyenneté devient dès lors crucial. Dans des sociétés où l’état civil n’existe pas, le premier moyen de preuve est l'inscription de son nom sur la liste de dèmes. Les témoignages de la famille et de la phratrie – groupe de famille – sont également centraux. Parfois, le citoyen doit venir prouver sa citoyenneté jusqu’au tribunal dans le cadre d’un procès.
À Athènes, les exemples de fraudes sont nombreux. L’un des cas les plus connus est celui de Nééra au 4ᵉ siècle avant notre ère. Ancienne prostituée, Nééra s’élève dans la hiérarchie sociale et statutaire, avant d’épouser un Athénien du nom de Stéphanos. Ce mariage fait scandale. Un procès est intenté à Nééra par Apollodore et Théomneste afin de l’amener à prouver qu'elle est citoyenne, et non esclave et étrangère.
Gare à l’ostracisme…
Certains citoyens et citoyennes perdent parfois leurs droits. Dans l’Athènes classique, l’atimie sanctionne un ou une citoyenne par la privation de droits civiques. L'ostracisme est une autre forme, importante, de punition. Cette pratique consiste à exclure pendant dix ans un ou une citoyenne susceptible de menacer la démocratie, sans pour autant lui faire perdre sa citoyenneté. Apparu en même temps que la démocratie athénienne, l'ostracisme est "un moyen par lequel les Athéniens ont tenu en bride leurs élites", observe l'historien Vincent Azoulay, auteur d'Ostracisme ! Du bon usage de l'arbitraire en démocratie (Éditions de l'EHESS, 2026).
L’ostracisme se déroule généralement en deux temps : un premier vote à main levée pour savoir si la procédure peut être lancée ; puis un second vote secret pour désigner le banni. Les votes se font généralement sur des tessons, dits ostraka, fabriqués par les votants eux-mêmes. À Athènes comme à Sparte, la citoyenneté reste un privilège fragile sans cesse remis en question.