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Semaine Sainte : le vendredi saint avec le Père Hubert Vallet
Description
Vendredi Saint : quand Dieu meurt sur la croix pour nous sauver
Quand le silence n'est pas vraiment silence
On pourrait croire que le Vendredi Saint est une journée silencieuse. C'est d'ailleurs ce qu'on dit souvent. Mais le Père Hubert Vallet nuance : « J'aurais peut-être pas utilisé cet adjectif que j'aurais plus volontiers gardé pour le lendemain. » Parce qu'en réalité, c'est une journée où il se dit énormément de choses. Le procès du Christ. Ses dernières paroles. Son dernier cri sur la croix.
« On entend Dieu sur la croix qui est en train effectivement de rendre le dernier souffle de son humanité », explique-t-il. Cette journée n'est pas silencieuse, elle est vertigineuse. Dense. Presque inimaginable. Comment concevoir qu'un Dieu puisse mourir ?
Nos sens habituels – la vue, l'ouïe – sont volontairement privés de leurs repères. Les croix sont voilées, les statues masquées, les tableaux cachés. Pas de fleurs, pas de cierges. Cette privation a un but précis : nous recentrer sur l'essentiel. Nous forcer à appréhender « la réalité absolument vertigineuse d'un Dieu qui va mourir sur une croix ».
Le chemin de croix à 15 heures
Dans les paroisses, deux moments liturgiques marquent cette journée. D'abord, le chemin de croix, souvent célébré à 15 heures. Pourquoi cette heure précisément ? C'est la neuvième heure selon le décompte juif – on part de 6 heures du matin, on ajoute 9, ça fait 15. L'heure retenue pour la mort du Christ en croix.
Beaucoup de paroisses proposent des chemins de croix tous les vendredis de carême. Mais celui du Vendredi Saint a quelque chose de particulier. C'est un exercice pédagogique, héritier des anciens pèlerinages à Jérusalem. Quand on ne pouvait plus se rendre sur les lieux saints, on a transporté l'expérience ici. On a représenté les scènes, comme Saint François d'Assise l'a fait avec la crèche.
« Nos yeux ont besoin de voir, nos pieds quand ils le peuvent se déplacent, et puis nos oreilles », souligne le Père Vallet. Le chemin de croix fait appel à tous nos sens. Les chants répétitifs – « C'est par le bois de la croix que tu as sauvé le monde » – et les passages évangéliques nous replongent dans cette passion qui constitue le cœur même des évangiles.
Judas, ou le miroir de notre propre trahison
Impossible d'évoquer le Vendredi Saint sans parler de Judas. Cette figure nous met mal à l'aise. Est-il un homme libre ? Un instrument ? Un homme perdu ?
Mais attention, prévient le Père Hubert Vallet : « Tout ne commence pas par une trahison, tout commence par l'amour infini de Dieu pour l'humanité. » Il faut remonter plus haut. Bien plus haut. Jusqu'à cet amour créateur d'un Dieu qui constate que l'humanité, créée bonne, s'est détournée de lui. La nécessité du salut naît de là.
Judas n'est que « l'ultime chaînon de toute une chaîne ». Nos péchés, nos trahisons à tous ont conduit celui qui vient donner tout l'amour de Dieu à accepter que cet amour soit refusé jusqu'à ce point-là. Le mystère de l'iniquité, c'est que plus Jésus donne de tendresse à Judas – le baiser au jardin de Gethsémani, la place d'honneur à la Sainte Cène – plus le cœur de Judas s'endurcit.
« Qui d'entre nous peut dire : ah ben moi je suis sûr que ça n'aurait pas été moi ? » lance le prêtre. Ce serait audacieux, voire présomptueux. Judas nous renvoie à notre propre responsabilité dans ce drame. Il est un miroir tendu à notre humanité fragile.
La croix qui sauve, pas la résurrection
Voilà qui peut surprendre. On nous répète que c'est la résurrection qui est au cœur de la foi chrétienne. Alors pourquoi cette insistance sur la souffrance et la mort du Christ ?
Le Père Vallet est catégorique : « Nous sommes sauvés par la croix du Christ. » Saint Paul l'avait compris avant même que les évangiles ne soient rédigés. La résurrection va manifester la puissance de ce salut, nous permettre d'en