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Back to EpisodesAntoine de Saint-Exupéry, dessine-moi une histoire : "Petit Prince" et grand succès, histoire d’un phénomène littéraire
Description
Le Petit Prince, phénomène littéraire et planétaire, paraît en avril 1943 aux États-Unis et en avril 1946 en France. Lecteurs et lectrices, de tout âge, découvrent alors un désert et l’astéroïde B612, un baobab et une rose, un renard et un serpent, un allumeur de réverbères et un businessman, un géographe et un ivrogne, un aviateur et le Petit Prince.
En 1942, un écrivain en exil
Après la défaite française de juin 1940, Antoine de Saint-Exupéry est démobilisé. Il décide de se rendre aux États-Unis pour convaincre les pouvoirs politiques états-uniens d’entrer en guerre contre l'Allemagne nazie. Le 31 décembre 1940, l’aviateur débarque à New York. Écrivain déjà reconnu outre-Atlantique pour ses livres Vol de nuit et Terre des hommes, Antoine de Saint-Exupéry rejoint nombre de Français et Françaises en exil. Il retrouve de fidèles amis : le journaliste Pierre Lazareff, le philosophe Denis de Rougemont, l’illustrateur Bernard Lamotte, la journaliste Silvia Hamilton, ou encore la peintre Emma Stern. Au fil des mois, Antoine de Saint-Exupéry passe son temps à dessiner sur les nappes des restaurants un petit personnage. Les éditeurs états-uniens y voient l’expression d’une âme enfantine et lui font commande d’un conte pour enfant, dont la publication serait à Noël 1942. Antoine de Saint-Exupéry prend la plume.
Le Petit Prince et l’aviateur
Le Petit Prince est l’histoire d’une rencontre : celle d'un aviateur, échoué dans le désert, et d'un enfant qui lui apparaît, vêtu comme un prince. Au fil de leur conversation, l'aviateur comprend d'où vient le Petit Prince et pourquoi il est arrivé dans le désert. "De confidence en confidence du Petit Prince, [l'aviateur] saisit le parcours interplanétaire de ce petit personnage, ayant quitté sa toute petite planète et sa rose", résume Alban Cerisier, éditeur et spécialiste de l'œuvre d’Antoine de Saint-Exupéry. Le conte rejoint le récit d'apprentissage, quand "chacune [d]es rencontres [du Petit Prince] se ponctue, même si Saint-Exupéry n'y insiste pas, de la découverte d'une certaine vérité, et de fausses vérités d'ailleurs, sur l'existence humaine."
L'échange entre l'aviateur et le Petit Prince est rendu possible par une même compréhension du dessin. Saint-Exupéry intègre des éléments de dessin dans le manuscrit du Petit Prince, ce qui atteste "qu'il a en tête le rôle que va avoir le dessin dans sa narration. Petit à petit, il conçoit d'autres dessins qui vont densifier la partie graphique de son texte. Le positionnement des dessins dans le livre lui importe énormément", précise Alban Cerisier.
Un récit à clef
Le conte est à la fois le constat de la désolation et celui de la consolation. En pleine Seconde Guerre mondiale, l’écrivain affirme que la reconquête d’un monde plus humain est possible par une reconsidération du lien amoureux et amical. Pour la chercheuse Nathalie Prince, autrice de Saint-Exupéry. Du vent dans le cœur (Éditions Calype, 2024), Le Petit Prince "arrive à cristalliser la question de l'amitié, de l'amour, de la responsabilité, des relations absurdes des hommes, de la guerre. [...] Le narrateur du Petit Prince dit : 'Je n'aime pas qu'on prenne mon livre à la légère.'"
Le Petit Prince est aussi un récit à clef. Différents éléments de la vie d’Antoine de Saint-Exupéry se retrouvent dans le conte : son accident d’avion en Libye en 1935, les paysages sud-américains, la rose en référence à sa femme Consuelo, ou les renards dont il s’occupe quand il est à Cap Juby au Maroc en 1927-1928. En dehors de la vie de l’auteur, l’écriture du Petit Prince est aussi imprégnée du contexte historique de 1942. Les baobabs dans le texte peuvent être interprétés comme une référence à la montée du nazisme.
La naissance d’un mythe