Episode Details
Back to EpisodesSéries, l'histoire au prochain épisode : De la Normandie au Vietnam, les États-Unis mettent leurs guerres en séries
Description
Des plages normandes du débarquement au Vietnam, de Combat ! à Frères d’armes, du Souffle de la guerre aux Têtes brûlées, d’Holocauste à L’Enfer du devoir, comment les États-Unis mettent-ils leurs guerres en séries ? Cette histoire nous fait croiser Papa Schultz et "Pépé" Boyington.
"Papa Schultz", une sitcom pour parler du nazisme
Dès les années d’après-guerre, les séries télévisées états-uniennes s’emparent de la Seconde Guerre mondiale. La première à se confronter à ce passé, qui est alors très récent, est la série Combat ! (1962-1967). Peu réaliste, cette série met l’accent sur les émotions des personnages et laisse transparaître un discours antimilitariste. Pour la chercheuse Marjolaine Boutet, autrice de Faire écran. Les réécritures de la Seconde Guerre mondiale dans les séries télévisées au temps de la guerre froide (Presses universitaires du Septentrion, 2023), cette série annonce le mouvement pacifiste autour de la guerre du Vietnam : "[Combat !], c'est la guerre dure, absurde, qui ne sert à rien. Ce sont des corps harassés et souffrants. On est loin de la représentation de la Seconde Guerre mondiale au cinéma à la même époque."
La série Papa Schultz, diffusée de 1965 à 1971, introduit une dimension comique dans la représentation des événements, traités sur le mode de la sitcom. L’intrigue, éternellement bloquée en 1942, convoque des personnages loufoques, des Allemands caricaturaux et pas toujours très futés. "Les personnages n'ont aucune mémoire de ce qui s'est passé avant et de ce qui va se passer après. Ce qui compte, c'est de se moquer des Allemands et de mettre en scène l'amitié du monde libre", explique Marjolaine Boutet. La série recourt à l’humour (juif, car l’essentiel de l’équipe de production est juive) pour mettre à distance la catastrophe de la guerre. Les personnages allemands sont presque tous joués par des réfugiés juifs qui ont quitté l'Allemagne, l’Autriche ou la France dans les années 1930-1940. L’un d’eux, Robert Clary, a connu l’enfer des camps. Marjolaine Boutet raconte que la presse interroge à plusieurs reprises les acteurs sur le fait d'interpréter des personnages nazis : "L'historien australien Jon Stratton parle de réécriture thérapeutique de l'histoire et de la force du rire. [...] [L'acteur] Werner Klemperer disait : "Moi, je peux jouer un officier de la Luftwaffe parce qu'on se moque de lui, parce que c'est le méchant de l'histoire. On rit des nazis. Et donc ça, je peux le jouer.'"
Papa Schultz laisse apparaître l’idée, qui connaît ensuite une grande diffusion dans la fiction, qu’il existe des bons et des mauvais Allemands. Les uns sont victimes de l’idéologie nazie, les autres, minoritaires, en sont les acteurs violents. Cette opposition est souvent incarnée par un personnage de la Wehrmacht, militaire de métier supposément cultivé, courageux et loyal, et un personnage de la Gestapo, fou furieux assoiffé de violence et de cruauté.
"Holocauste", une représentation de la Shoah qui fait débat
En 1978, la mini-série Holocauste parle de manière explicite du génocide des Juifs d'Europe. En effet, "à la fin des années 1970, pour des questions de génération, de géopolitique et de mémoire, la Shoah est devenue un sujet dont les gens ont envie d'entendre parler. Cela ne veut pas dire que les survivants n'avaient pas parlé avant – ils ont tout le temps parlé –, mais là, les gens ont envie de les entendre", précise Marjolaine Boutet. Visionnée par 500 millions de personnes dans le monde, Holocauste fait l’effet d’un coup de tonnerre pour le public états-unien et européen. Souvent dénoncée comme une vision "américanisée" et irréaliste de la destruction des Juifs d’Europe, la série Holocauste a néanmoins le mérite de créer un mouvement d’identification, d’empathie et de prise de consc